16.05.2009

Torture : Le péché originel (Georges APAP)


Ancien magistrat, Georges Apap est l’un des témoins de la thèse de Sylvie Thenot, " L’armée et la torture dans la guerre d’Algérie ". Né en 1926, licencié en droit de la faculté d’Alger, il est, en 1951, avocat à Philippeville. En pleine guerre, il se retrouve en 1957 juge d’instance à Ain Beïda, où il occupe de fait les fonctions de juge d’instruction et de procureur de la République. Après 1962, il retourne en Algérie comme coopérant au titre de l’aide technique.
C’est une opinion, fruit de toute cette expérience, qu’il livre ici.

" Philippeville porte aujourd’hui le beau nom de Skikda, héritage de la " Rusicada " romaine. Posé sur la mer au nord de Constantine, il rayonne sur une plaine fertile bordée à l’ouest par la petite Kabylie et ses chênes-lièges. Beaucoup de Français d’Algérie, dont je suis, considèrent, sans vouloir jouer les historiens, que la guerre d’Algérie a véritablement commencé dans ce cadre, le 20 août 1955. Confusément, intuitivement, ils ont senti que tout basculait vers quelque chose d’irrémédiable ce funeste samedi et les jours qui suivirent. À midi précis, éclatèrent de façon programmée et simultanée des émeutes sanglantes qui virent le massacre de nombreux Français, notamment à la mine d’El Halia où vivaient quelques familles isolées qui furent exterminées dans des conditions effroyables. Ces exactions entraînèrent dès le lendemain une répression aveugle, qui s’exerça contre certaines populations musulmanes, faisant des victimes dont on peut penser que la plupart, et peut-être aucune, n’étaient pour rien dans les émeutes de la veille.

Cela n’est qu’un constat, qui résume des faits vérifiables, et qui ne veut juger personne, mais surtout à travers lequel on ne veut pas prétendre que les exactions justifiaient les abus de la répression. Ils étaient injustifiables. Simplement, il eût fallu brider l’émotion et l’exaspération des militaires et les contraindre, au prix même de certaines impunités, à demeurer dans l’État de droit. Cela n’a pas été fait. Plus nombreux qu’on ne pense furent les Français d’Algérie à le déplorer, car ils savaient bien que les exécutions sommaires, collectives et arbitraires, contribuaient à distendre les liens qui s’étaient noués entre les deux communautés et ruinaient les chances qu’ils avaient de demeurer dans leur pays. Cette clairvoyance n’a pas été partagée par ceux qui avaient en charge le " maintien de l’ordre ", terminologie de l’époque pour une guerre qui n’osait pas dire son nom, terminologie qui, prise dans son sens intégral et précis, aurait dû justement inspirer le respect de la légalité.

Peu après ces faits, j’ai quitté Philippeville pour exercer les fonctions de juge dans une petite ville entre les Aurès et la frontière tunisienne. J’ai vu, là, d’autres horreurs perpétrées par les uns et les autres avec une brutalité comparable, et j’ai dans mes souvenirs la trace profonde de barbaries dont le récit pourrait meubler bien des pages. Mais il vient un moment où, sans perdre de vue leur dimension tragique, il faut considérer ces choses en prenant de la hauteur. Le débat d’aujourd’hui a pris naissance avec la dénonciation de la torture par douze personnes de haute stature morale. J’ai pour ces personnes le plus grand respect, et je voue à Germaine Tillion depuis toujours une profonde admiration. Je salue leur démarche. Mais je ne m’y associe pas, car je crains en effet qu’à stigmatiser la torture, on laisse entendre que, sans elle, la guerre eût été acceptable. Or la guerre, c’est le mal absolu, avec sa vigilante escorte de crimes. Il suffit, encore aujourd’hui, de regarder autour de soi.

Pourtant, dans l’état des choses de l’époque, la guerre était devenue inévitable, et il est vain de rechercher les responsabilités immédiates des uns ou des autres : à l’échelle de l’histoire, elles sont microscopiques. Car il y avait, en Algérie, deux légitimités qui s’affrontaient, irréductibles. Celle, d’abord, d’un peuple colonisé qui revendiquait le droit indiscutable de retrouver sa dignité dans l’indépendance. Celle, d’autre part, de Français issus d’une immigration européenne remontant à plusieurs générations et qui exigeaient avec un droit également incontestable de demeurer sur la terre où ils étaient nés et dans laquelle reposaient leurs ancêtres. Entre ces deux légitimités, il appartenait à l’autorité supérieure de l’État de trancher. L’une des deux devrait être sacrifiée à la paix. Ce fut la nôtre. Il m’a fallu longtemps pour comprendre que ce choix était le bon. En disant cela, je ne prétends pas m’exprimer au nom de tous les Français d’Algérie. Je sais que beaucoup partagent mon sentiment. Je sais aussi que d’autres ne se résigneront jamais. Je serai le dernier à leur jeter la pierre.

Pourtant, tout cela n’est pas arrivé par hasard. L’enchaînement des effets et des causes conduit à remonter dans le temps jusqu’à l’erreur initiale qui a pour moi la portée dramatique d’une sorte de péché originel : le débarquement des soldats français sur la plage de Sidi-Ferruch le 14 juin 1830. Reçu en son temps comme un titre de gloire, cet acte souffre d’un autre regard à la fin de ce siècle. Mais qui devrait être recherché comme coupable aujourd’hui ? Voilà pourquoi M. Jospin a bien raison de dire que ces événements relèvent désormais du domaine de l’histoire. Après plus de quarante ans, chacun, dans cette affaire, est porteur de sa propre vérité - le fellagha révolté, le politicien dépassé, le Français chassé de son pays, le harki maltraité d’un côté et injustement oublié de l’autre, le militaire répressif, et même aussi ce général qui revendique avec courage des actes d’une autre époque et d’un autre contexte.

Personne n’a le droit de juger personne. Quant à nous, prétendument rapatriés, la souffrance, comme une expiation, nous accompagnera jusqu’au bout, encore avivée par les nouvelles qui nous arrivent de notre malheureux pays. Mes enfants, heureusement, ne la connaîtront pas. Mes petits-enfants n’en entendront même pas parler. D’ailleurs, ils ont l’accent de Béziers, comme pour remercier ce pays de nous avoir accueillis. "

Georges APAP
Journal l'Humanité
Rubrique International
Édition du 5 janvier 2001

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Louis TARDI un des rares enfants rescapés d'El-Halia


05.05.2009

Malika DOMRANE à Saint-Etienne

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30.04.2009

Hervé SARD, auteur de Polars


"Quarante-quatre ans, marié et père de trois enfants. Ingénieur de formation, j'ai débuté par deux ans de coopération en Algérie. Beaux souvenirs !
Retour en France, orientation vers l'informatique puis à nouveau l'expatriation, cette fois-ci direction la Hongrie. Merveilleux pays.
Je vis maintenant en région parisienne et travaille dans une banque, domaine sécurité. Vaste sujet. Mais l'été : cap sur la montagne ! Les Alpes, les Pyrénées. J'aime la randonnée, le calme et les grands espaces.
Premier essai d'écriture en 2001 : un pavé qui n'a pas trouvé preneur. Je navigue depuis entre polar, SF et une série à mi-chemin qui se veut rigolote. Et tout plein de projets."


Commentaire par Patrick Galmel le 31 octobre 2005
Beaucoup de sensibilité et beaucoup d'interrogations dans cet auteur. Hervé Sard ne se contente pas de traverser l'époque et ceux qui la composent ; il aimerait bien aussi la comprendre, les comprendre...
Il est des écrivains qui vous sautent à la gorge, celui-ci pratiquerait plutôt une écriture pleine de finesse et de distance, mais qui n'en oublie pas pour autant d'atteindre sa cible.

 

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Commentaire par Le Cafuron, le 7 Février 2007
Les morts s'accumulent dans deux bourgs ardéchois. Des crises cardiaques, ce sont des choses qui arrivent. Mais là, il commence à y en avoir beaucoup de ces morts "naturelles". Le livre d'Hervé Sard nous narre l'enquête menée par une ex-star de la crim' aidée d'un adjoint finaud mais rustique, l'un des régionaux de l'étape. Le moins que l'on puisse dire est qu'on ne s'ennuie pas ! On passe même un très bon moment tant les talents de conteur de l'auteur sont une fois de plus mis en valeur. L'humour, à coup de pointes jamais grossières et un rythme trépident vous conduiront sans encombre du début à la fin. Le seul petit regret réside, pour moi, dans le traitement même de l'intrigue. On était presque dans un univers chabrolien, et le dénouement, traité peut-être un peu trop rapidement, enlève une touche de noirceur à l'ensemble.

Source

24.04.2009

Patrick Mestelan, un architecte en Suisse

Atelier : institutions de la cité 

Patrick Mestelan

architecte ETH-Z

nationalité: France, Bayonne

 

 

 

MISSION 

 

L'idéal culturel, politique et social des Lumières et les institutions qu'il a engendré est menacé par son caractère unidimensionnel qui séquestre la modernité.

La ville et son organisation dans le territoire sont le résultat des volontés politiques, sociales, culturelles et économiques. Elles sont l'image de la collectivité qui les désire et les dessine. Les institutions sont à comprendre comme un ensemble de valeurs collectives essentielles et fondatrices où naît l'organisation de la collectivité: la polis, la cité. Elles s'inscrivent dans le territoire qui en est le garant et la mémoire.

Prétendre que ces notions sont obsolètes au nom d'une complexité croissante ou d'une modernité prise en otage ressort d'un désengagement critique et idéologique. La grande inquiétude et l'interrogation incontournable et fondamentale que soulève le développement durable en sont le reflet.

C'est donc bien sur le sens et les valeurs symboliques et rationnels de l'architecture, sur sa raison critique, que porte l'étude du savoir-faire (la techné) et de la théorie qui l'induit: un débat sur les valeurs qui fondent l'acte de bâtir dans un territoire particulier, lui offrant une finalité culturelle et sociale engagée.

 

 

BIOGRAPHIE 

 

1972, diplômé de l'ETH-Zürich;

1972-1974, coopération en Algérie;

1974-1986, premier assistant et chargé de cours du professeur Jean-Marc Lamunière à l'EPFL;

1982-1984, professeur invité à l'Ecole d’architecture de l'Université de Genève où il est nommé professeur adjoint en 1985.

1993, professeur invité à l'Université de Pennsylvanie "The Graduate School of Fine Arts", aux Etats-Unis;

1988-..., professeur ordinaire à l'EPFL;

1992-1994, président de la commission d'enseignement du département d'architecture;

1994-1997, chef du département d'architecture.

Il dirige, en association avec Bernard Gachet, un bureau d'architecture à Lausanne. On lui doit notamment l'Ecole de la construction et les bâtiments administratifs de la Fédération Vaudoise des Entrepreneurs, à Tolochenaz, le collège de Gland, la Policlinique Médicale Universitaire et l'agrandissement du collège d'Entre-Bois à Lausanne. 

 

 

PRINCIPALES  PUBLICATIONS

 

L'ordre et la règle. Vers une théorie du projet d'architecture, Mestelan Patrick, PPUR, Lausanne, automne 2005.

 

"Jean-Pierre Vouga, L'aménagement du territoire", Mestelan Patrick, Collection Monographie, EPFL-DA-ITHA, Payot, Département d'Architecture, EPFL, 2000.

 

"Louis I. Kahn, Silence and Light, Actualité d'une pensée", Mestelan Patrick, Cahiers de théorie, no 2/3, EPFL-DA-ITHA, Département d'architecture, PPUR, Lausanne, 2000.

 

"Hypogée et cénotaphe", Mestelan Patrick, Collection Matières no 4, EPFL-DA-ITHA, PPUR, Département d'architecture, EPFL, Lausanne, 2000.

 

 

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Architecture des années 1950 à Alger

10.04.2009

Bonjour de Jean Bisson

Bonjour !

Bien reçu votre message.
En effet, après deux mois de "classe" en Allemagne (Chasseurs Alpins), pour avoir refusé de couper ma barbe, j'ai été muté en Algérie (années 1956 et 1957 complètes) au 1er Régiment de Tirailleurs algériens, 5° Bataillon, 3° Cie.

En 1964, je suis reparti en Algérie, en coopération (Prof de Français) et j'y suis resté 5 ans (Aïn Témouchent puis Mostagagnem).

Ensuite, j'ai enseigné après 2 années en Côte d'Ivoire.
Puis, dans la foulée, j'ai enseigné 6 ans à Fez, au Maroc.

Cordialement

Jean Bisson


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Musée d'Aïn-Temouchent (ancienne gare)