06.11.2009

Coopérant à Ghardaïa, Benoit BLIN témoigne

 

Benoît Blin, en coopération dans le diocèse de Ghardaïa, est revenu quelques temps dans le diocèse (d’Arras) en février. Voici quelques lignes de témoignage :

 

 

 

"Le diocèse de Ghardaïa couvre sur 2 millions de km² le Sahara algérien. Dans un monde complètement marqué par un Islam très traditionnel, quelques communautés de religieux / religieuses sont éparpillées dans une dizaine d'oasis. On y partage le quotidien de la population tout en essayant de prendre part au développement socioculturel du pays : condition féminine, aide aux handicapés, soutien scolaire, bibliothèques, ... sont quelques-uns de nos champs d'action. Bien que numériquement infime (à Ghardaïa, nous sommes 12 chrétiens pour 120000 habitants), la communauté chrétienne cherche à promouvoir le respect entre nos religions et à être une passerelle entre nos sociétés dans un contexte mondial tendu et marqué par une profonde méconnaissance de l'autre.

 

 

Volontaire de la DCC depuis Janvier 2006, je participe à la gestion du Centre Culturel et de Documentation Saharienne de Ghardaïa, tenu par une communauté de Pères Blancs. Je m'occupe plus particulièrement de la mise en place à partir de nombreuses archives, d'une bibliothèque spécialisée sur le Sahara, son histoire, sa géographie, ses traditions, ... destinée à aider la société saharienne à réfléchir sur sa culture et son histoire."

 

 

 

Benoit Blin

 

Lien CEF-Arras

 

BLIN-Benoit.jpg

01.11.2009

Pierre BIZET, nouveau curé du pays de Marquise

Veuf, père, grand-père et prêtre

Pierre Bizet a pris rapidement ses marques sur le littoral.

D'Aire-sur-la-Lys à Marquise, en passant par Ryad et Kinshasa, l'itinéraire familial, professionnel et spirituel de Pierre Bizet, curé de la terre des deux Caps, a connu de nombreuses et d'étonnantes étapes

On a coutume de dire que les voies du Seigneur sont impénétrables. Le parcours de Pierre Bizet, nommé il y a quelques mois curé des paroisses de la terre des deux Caps, en est une illustration toute particulière.

À son arrivée en septembre sur le littoral, l'abbé Bizet a pris un peu de temps pour découvrir l'étendue de son nouveau domaine. Régler le problème de la véranda du presbytère qui fuit et le gros devis qui en découle. Déballer ses cartons et d'expliquer qui il est. Car le nouveau curé de Marquise a un parcours pour le moins atypique.

Pierre Bizet n'est pas dépaysé sur la Côte d'Opale puisqu'il est originaire de la région d'Aire-sur-la-Lys. Le littoral, il le connaissait déjà : « Ma côte préférée, c'était plutôt Berck ou le Touquet, j'y allais une ou deux fois par ans avec mes parents quand j'étais enfant », avoue-t-il. Pierre Bizet fait ses études secondaires à Arras puis s'oriente vers l'Edhec où il décroche une licence en sciences économiques. Le même chemin l'emmène à Paris. Il empoche un DES en sciences économiques en 1967 : « J''y tiens, en 68, on donnait le diplôme à tout le monde », souligne-t-il en souriant.


« L'ENA de l'Église »

 La fibre religieuse le travaille déjà un peu : « J'avais la vocation. J'ai hésité entre l'Ena et le séminaire de la Catho, à Paris. Finalement, j'ai choisi "l'Ena de l'Église ", j'ai débuté une licence de théologie. » Un temps, le sabre prend le pas sur le goupillon avec l'incontournable passage sous les drapeaux à Berlin puis Coëtquidan. C'est là qu'il se pose la question de son engagement dans l'Église.

Pierre Bizet quitte le séminaire en 1972. C'est aussi l'année où il épouse Annie.

Le passage du jeune homme dans la coopération en Algérie, comme assistant à la fac d'Alger, puis à l'Ena de la même ville lui donne le goût de l'étranger.

 

 

 

Pierre Bizet est recruté dans le dispositif du commerce extérieur : « J'avais un statut de diplomate, tout en dépendant de Branly, puis de Bercy. » Il est tour à tour a attaché puis conseiller commercial. Sa mission : aider les entreprises françaises à s'implanter.
Le Nordiste parcourt une partie du globe, avec des intermèdes hexagonaux : l'Algérie, le Maroc, l'ex-Tchécoslovaquie, la République démocratique du Congo. En 1991, les problèmes de santé rencontrés par son épouse le font revenir en Europe : il prend le poste de directeur régional adjoint à Lille jusque 1993. Quand le quatrième des enfants du couple est en âge d'être étudiant, il accepte un poste en Arabie Saoudite. Annie, son épouse, décède le 5 novembre 1997. « Je suis resté à Ryad pendant deux ans, de 1997 à 1999. Puis je suis parti à Bruxelles, à l'ambassade de France. Coup de bol, j'étais à 1 h 30 de chez moi, dans la métropole lilloise. » La religion rattrape Pierre Bizet courant 2000 : un ami, vicaire épiscopal, connaît son engagement et lui propose de reprendre le chemin de l'Église.

 
: « Je suis allé voir l'évêque d'Arras qui m'a conseillé de terminer mon poste. Il ne s'est pas précipité. » Pierre Bizet a pourtant déjà eu le temps de mûrir sa décision : « Ma vocation est basée sur un malheur, je n'accepte toujours pas l'idée d'être veuf. C'est sûr, la question ne se serait pas posée si mon épouse était toujours là. L'idée m'est venue à Ryad. ». Le Nordiste résidait alors dans le quartier diplomatique : « La religion catholique y était interdite, on faisait des eucharisties en cachette dans le salon de mon appartement avec d'autres catholiques. J'ai même accueilli un baptême chez moi, avec un aumônier irlandais. Il y avait des risques. » Le futur homme d'église se prépare à son rythme : « A 61 ans, j'ai repris le chemin de l'école. J'avais des bonnes notes, on m'a dit que j'ai une très bonne synthèse. C'est drôle parce que c'est ce que j'ai fait ça pendant des années pour mon travail. » Il suit des cours du soir chez les jésuites à Bruxelles, de la théologie, pendant trois ans. « Le week-end, je participais à des réunions avec de jeunes étudiants qui envisageaient la prêtrise, au grand séminaire de Lille. La moyenne d'âge était de 28 ans. Il faut tout quitter pour entrer au séminaire, ça n'est pas facile pour des jeunes. »

 
Jean-François DUQUENE


ENA-ALGER_1973-1977_Promotion-AHMED-MEDEGHRI.jpg

Alger ENA Promotion 1973-77

 

24.10.2009

LETTRE OUVERTE de Gilbert ARGELES

À Abdelkader DJEGHLOUL, animateur  du groupe des « intellectuels algériens nationaux »

Suite à un échange téléphonique  du 30/06 /2001

… Je pense que la situation algérienne, dans sa complexité, appelle des intellectuels algériens d'autres analyses et engagements que le seul soutien au pouvoir algérien et à ses appareils d'Etat. Je pense, dans le même temps, que les médias français jettent de l'huile sur le feu de façon irresponsable, en attisant les divisions au sein de ton pays, sur la base d'informations fausses ou biaisées, et qui ne sont pas dues à leur naïveté. Et je pense profondément que personne, de l'étranger, n'a le droit de s'immiscer dans vos affaires : c'est pourquoi mon aide se voulait sans arrière pensée et simplement amicale, ce qui ne m'empêchait pas d'exprimer, en homme libre, mes propres points de vue.

Je te rappelle enfin, que j'ai été, dès l'âge de 22 ans, un farouche opposant à la guerre d'Algérie, et que j'en ai payé le prix dans ma carrière professionnelle, que j'ai été sanctionné, puis emprisonné et « malmené » par le D.O.P. durant mon service militaire. Et que, depuis, j'ai profité de toutes les occasions pour témoigner contre les tortures durant la guerre, dans la presse, dans le film de Bertrand Tavernier, dans le livre de P. Rotman, de même que je viens de le faire sur la chaîne Odyssée (chaîne uniquement câblée hélas)

Je te rappelle que j'ai été, durant les deux ans sous l'uniforme en Kabylie, victime de vexations, de menaces et d'atteintes volontaires à ma santé, et que j'en subis encore aujourd'hui les conséquences.

Certes, le passé n'est jamais le garant du présent. Mais ce passé, qui m'a meurtri, je pensais le surmonter en m'étant porté volontaire pour travailler comme coopérant psychologue à Oran, durant les années 1970-74, période durant laquelle j'ai essayé de donner le meilleur de mes compétences au service des enfants inadaptés et dans la formation des personnels algériens les ayant en charge. J'avais fait le choix de m'immerger dans la société algérienne, et non pas dans les cercles de coopérants que je trouvais trop souvent insipides ou porteurs de thèses néo-colonialistes. Et que ce choix m'a valu d'être isolé, déjà critiqué de part et d'autre, et finalement incité à mettre fin à mon travail…

Je considère donc que tes propos sur de soi-disant « attaches » aux « services secrets » sont une insulte gratuite, sans fondement évidemment, qui portent atteinte définitivement à notre ancienne et longue amitié, mais sans que cela n'influe sur mon respect du peuple algérien ou mon admiration pour son courage.

Et que ces propos, de mon point de vue, jettent un doute évident sur la qualité de tes engagements actuels et de ton expression publique. Cela m'est dur de te le dire : j'ai toujours eu une autre conception de l'amitié et de la confiance réciproque entre deux êtres qui avaient eu le sentiment, jadis, d'être sur « la même longueur d'onde ».

Ressaisis-toi, Kader ! Tu as certainement en toi les compétences et les ressources pour sortir de ton schéma unique de pensée, pour mieux entendre les appels de nombre de tes concitoyens, pour mieux introduire ton pays à sa place réelle dans le « concert » des nations, tout en y faisant respecter son identité.

Pourra-t-on redevenir amis un jour prochain ?

 

Gilbert ARGELES

ROTMAN+TAVERNIER_La guerre sans nom.jpg

17.10.2009

Régis BELLEVILLE ou les méharées de l’extrême

 

Régis Belleville, le «chamelier blanc», affronte en autonomie extrême les zones hyper-arides du Sahara. Il y teste les limites de la survie en milieu hostile.

 

 

À quand remonte votre passion pour le désert ? Pour les zones hyper-arides ?

 

Régis Belleville : J'ai été assez marqué petit, vers l'âge de 8-9 ans, en accompagnant mon père qui était coopérant en Algérie ; nous passions nos vacances d'hiver dans le Sahara. Cela a éveillé un goût chez moi pour les horizons différents. La véritable accroche s'est faite sur mes premiers départs en humanitaire, vers 20 ans, où je traversais le désert au volant de camions. J'ai travaillé ensuite dans des mines d'or, quelques mois pendant plusieurs années consécutives, et me suis intéressé aux croyances ancestrales animistes liées à cette extraction.

 

Qu'est ce qui vous a décidé à affronter seul le désert ? Pourquoi l'autonomie extrême ?

 

R.B : À l'âge de 30 ans, j'en ai eu marre du brouhaha humain. Le Sahara m'impressionnait énormément. J'ai voulu me confronter à un milieu extrême. Pour y survivre, il a d'abord fallu que j'apprenne le métier de chamelier avec les touaregs, dans le nord de la Mauritanie et le nord du Mali, dans des zones hyper-arides du Sahara.

 

Je ne travaille qu'avec des Nomades. J'ai appris le métier de méhariste auprès de différentes ethnies. Le travail n'est en effet pas le même pour l'élevage et le matériel chez les touaregs, berbères ou les toubous.

 

Ils ne partent pas seuls car il est stupide de risquer les chargement d'un dromadaire. Les zones hyper-arides ne les intéressent pas car il n'y a pas de pâturage. De plus, d'après la croyance populaires, ces espaces sont les lieux de Dieux tels les Djinns et d'autres esprits, qu'il vaut mieux éviter.

 

À quand remontent vos premières méharrées dans ces zones hyper-arides ?

 

R.B : La première remonte à 1998, soit 800 kilomètres en un mois entre Chinghetti et Kiffa, en essayant de retrouver une ancienne piste du commerce caravanier. Après cette première méharée, j'ai traversé la Majâbat al-Koubra en 2002, puis tenté la traversée de la totalité du Sahara - sept pays - par le 20ème parallèle en 2005-2006, un échec après 4 000 kilomètres et cinq mois de marche. On a été récupérés dans le Ténéré. 

 

Le principe de la méharée c'est de marcher tout le temps. En effet, lorsqu'on  s'arrête on consomme de l'eau pour rien. En réalité ces méharées demandent énormément de préparation. Il faut plusieurs années avant de se lancer dans de grandes opérations.

 

Cette autonomie extrême vous a-t-elle fait prendre de grands risques pour votre vie ? Notamment en risquant de trouver un puits sec ?

 

R.B : J'essaye de limiter au maximum la prise de risque. Les puits secs sont assez rares et je m'informe très sérieusement avant de partir. Pendant ma plus grande traversée, j'ai connu un problème de confusion mentale. Sur cette zone, je  savais que les caravanes étaient arrêtés pendant ce mois-là. J'avais heureusement un véhicule en alerte, ce qui n'est toutefois pas une garantie totale compte tenu des risques de tempêtes de sable.

 

 

Sur le plan humain et personnel, que vous apporte vos expériences dans le désert ?

 

R.B :  J'ai aujourd'hui besoin de cette solitude, elle fait partie de mon équilibre. Ces expériences me donnent également une vision très éloignée de nos valeurs, de nos réflexes de consommateurs. C'est même l'opposé, on est dans l'économie de tout, de l'eau, de la nourriture. Un devoir d'humilité, sachant en plus que l'homme est le mammifère le moins adapté au désert.

 

Je m'inscris ensuite dans une démarche de diffusion de la connaissance, par le biais de mes livres et films. La communication est importante également dans le cadre de la recherche de sponsors. J'essaye alors de faire passer un message en particulier, celui de la menace qui pèse sur les espèces  animales.

 

Propos recueillis par Vincent de Monicault

 

ARTICLE chez OOPARTIR

Regis-Belleville_ph-a360_mf.jpg

 

  

11.10.2009

Françoise BARRY présente son livre "Justine …"

 

Françoise Barry native de Jaujac en Ardèche a passé ses 10 premières années dans son village niché dans une vallée au sol de lave et de basalte. Après la disparition de ses parents, elle se retrouve à Nîmes où elle est interne aux lycées Feuchêres puis Montaury. Après le bac, elle se prépare à devenir institutrice après un passage à l'Ecole normale de Privas. Après de nombreux remplacements dans l'Ardèche et dans le Gard elle part en coopération en Algérie où elle enseigne 7 ans. Elle poursuit sa carrière d'enseignante dans l'Oise durant 10 ans. En 1983, la voilà en Lozère, professeur des écoles dans l'enseignement spécialisé où elle fait la classe à des cas sociaux, adolescents de 13 à 20 ans, venus surtout de la région parisienne. Après 15 ans auprès des délinquants, elle arrête sa carrière auprès des jeunes. Cependant elle poursuit ses cours à titre bénévole en préparant des adultes qui ont arrêté leurs études trop tôt et se retrouvent sans diplômes. A l'issue de ces cours, deux jeunes femmes ont pu obtenir un CAP et sont à présent fonctionnaires en Lozère. Installée depuis 4 ans dans le Gard, elle a écrit 4 livres dont 3 publiés : en 2004 :Les Hommes du viaduc (éditions GabriAndre, 2004), L'Etrangère des Hautes Terres (GabriAndre, 2006) Prix VALLEE LIVRE CEVENNES, Justine, une Oubliée de Rieucros (éditions la Mirandole, 2007). Le 4ème livre est parti dans des maisons d'édition, un 5ème est en cours. Françoise Barry écrit des romans de pure fiction ou des romans à base historiques tels que Les Hommes du Viaduc et Justine, une oubliée de Rieucros.

 

1938, les menaces de guerre angoissent Justine, 20 ans, habitant un village des Cévennes. Sa vie est toute tracée : travail dans la fabrique de pavés d'asphalte, mariage, enfants… Mais le destin en a décidé autrement. La guerre éclate, le village se vide de sa jeunesse. C'est alors que survient l'impensable. Justine se retrouve prisonnière en Lozère, entourée de cinq cents femmes de vingt cinq nationalités différentes et de quelques enfants. La vie est dure, le froid, la faim, l'isolement sont le lot quotidien de toutes ces femmes qui n'acceptent pas cet enfermement. Cependant, elles luttent, des amitiés très fortes se nouent mais l'angoisse est toujours présente…

 SOURCE 

BARRY-Francoise_Justine.jpg