24.10.2009

LETTRE OUVERTE de Gilbert ARGELES

À Abdelkader DJEGHLOUL, animateur  du groupe des « intellectuels algériens nationaux »

Suite à un échange téléphonique  du 30/06 /2001

… Je pense que la situation algérienne, dans sa complexité, appelle des intellectuels algériens d'autres analyses et engagements que le seul soutien au pouvoir algérien et à ses appareils d'Etat. Je pense, dans le même temps, que les médias français jettent de l'huile sur le feu de façon irresponsable, en attisant les divisions au sein de ton pays, sur la base d'informations fausses ou biaisées, et qui ne sont pas dues à leur naïveté. Et je pense profondément que personne, de l'étranger, n'a le droit de s'immiscer dans vos affaires : c'est pourquoi mon aide se voulait sans arrière pensée et simplement amicale, ce qui ne m'empêchait pas d'exprimer, en homme libre, mes propres points de vue.

Je te rappelle enfin, que j'ai été, dès l'âge de 22 ans, un farouche opposant à la guerre d'Algérie, et que j'en ai payé le prix dans ma carrière professionnelle, que j'ai été sanctionné, puis emprisonné et « malmené » par le D.O.P. durant mon service militaire. Et que, depuis, j'ai profité de toutes les occasions pour témoigner contre les tortures durant la guerre, dans la presse, dans le film de Bertrand Tavernier, dans le livre de P. Rotman, de même que je viens de le faire sur la chaîne Odyssée (chaîne uniquement câblée hélas)

Je te rappelle que j'ai été, durant les deux ans sous l'uniforme en Kabylie, victime de vexations, de menaces et d'atteintes volontaires à ma santé, et que j'en subis encore aujourd'hui les conséquences.

Certes, le passé n'est jamais le garant du présent. Mais ce passé, qui m'a meurtri, je pensais le surmonter en m'étant porté volontaire pour travailler comme coopérant psychologue à Oran, durant les années 1970-74, période durant laquelle j'ai essayé de donner le meilleur de mes compétences au service des enfants inadaptés et dans la formation des personnels algériens les ayant en charge. J'avais fait le choix de m'immerger dans la société algérienne, et non pas dans les cercles de coopérants que je trouvais trop souvent insipides ou porteurs de thèses néo-colonialistes. Et que ce choix m'a valu d'être isolé, déjà critiqué de part et d'autre, et finalement incité à mettre fin à mon travail…

Je considère donc que tes propos sur de soi-disant « attaches » aux « services secrets » sont une insulte gratuite, sans fondement évidemment, qui portent atteinte définitivement à notre ancienne et longue amitié, mais sans que cela n'influe sur mon respect du peuple algérien ou mon admiration pour son courage.

Et que ces propos, de mon point de vue, jettent un doute évident sur la qualité de tes engagements actuels et de ton expression publique. Cela m'est dur de te le dire : j'ai toujours eu une autre conception de l'amitié et de la confiance réciproque entre deux êtres qui avaient eu le sentiment, jadis, d'être sur « la même longueur d'onde ».

Ressaisis-toi, Kader ! Tu as certainement en toi les compétences et les ressources pour sortir de ton schéma unique de pensée, pour mieux entendre les appels de nombre de tes concitoyens, pour mieux introduire ton pays à sa place réelle dans le « concert » des nations, tout en y faisant respecter son identité.

Pourra-t-on redevenir amis un jour prochain ?

 

Gilbert ARGELES

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28.09.2009

Témoignage de Jean-Pierre JOURDAIN

 

J'ignorais la disparition de M. Paillard dont je garde un excellent souvenir. Ayant perdu le contact avec l'IHPOM (j'avais déposé un sujet de thèse sur Léon Cayla à Madagascar en 1988, mais je n'ai pu mener à bien ce projet), c'est donc par vous que j'apprends son décès.

 

J'étais coopérant en Algérie quand je rencontrai le fils de Léon Cayla qui y travaillait. Il me parla de son père et me proposa de consulter ses archives à son domicile à Saint-Germain-en-Laye. Je fis part à M. Paillard de cette découverte, et il me conseilla vivement d'en tirer parti. J'avais soutenu une maîtrise avec Jacques Valette sur l'Algérie en 1983 à Poitiers, mais M. Valette n'était pas intéressé par Léon Cayla.

 

Il m'accueillit à Aix avec la plus grande cordialité, et me donna tous les conseils nécessaires pour ce travail. Les archives étaient très importantes, je mis du temps à les dépouiller. Il y avait un très grand nombre de photos notamment, la correspondance avec Lyautey, dont Cayla était le disciple et l'ami, etc.

 

Je rencontrai M. Paillard à plusieurs reprises avant la soutenance du DEA, notamment au cours d'un colloque à Aix en 1988 à l'IHPOM dirigé par Jean-Louis Miège, et il fit preuve à chaque fois de la même gentillesse, et j'avais besoin d'être rassuré car M. Miège était impressionnant...

 

Après la soutenance (le jury était composé de Miège et lui-même), il m'encouragea à poursuivre mon travail et me parla de Madagascar où il avait enseigné, et dont il gardait un souvenir enthousiaste.

 

Jean-Pierre Jourdain

(Montgeron, Essonne)

Site Etudes coloniales

 

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15.09.2009

L’art de vivre de Jean DHERBEY

 

Jean Dherbey : coopérant des années post-indépendance : « J’ai appris un art de vivre »

 

À l’automne de ce millésime ô combien agité (1968), Jean Dherbey débarque en Algérie dans la région de Jijel. Il aurait dû rester seulement 18 mois, mais il rempile et ne quitte le pays qu’en 1973. Avec le recul, Jean Dherbey se souvient, quarante après, de ses années algériennes. Il les raconte dans un livre, "Rive sud ou le temps de l’espoir", paru récemment aux éditions Bénévent.



Au moment de la guerre d’Algérie, vous étiez adolescent, vous en avez entendu parler ?

Oui, parce qu’il y avait des jeunes du pays, je me souviens du nom de l’un d’eux dont la mort nous avait tous affectés. Et puis mon père, dans les années 1930, avait été zouave dans le 9e régiment, il avait, entre 1942 et 1944, aidé les résistants dans le Vercors.

 

Quel était son regard sur cette guerre et en quoi en avez-vous été imprégné ?

J’ai la plus grande reconnaissance pour lui. Dès 1954 il a dit : « Il ne faut pas se battre ». J’étais petit mais je me rappelle. Il avait défendu un Algérien qui était venu dans le bar où mon père se trouvait ; un homme avait proféré des propos racistes, mon père l’a mis dehors en lui disant : « Cet homme s’est battu pour nous pendant la guerre, et toi, tu étais où ? Moi j’étais dans le Vercors pour aider la résistance. Tant que je serais vivant tu ne pourras pas avoir de tels propos ».

 

Lorsque 1962 arrive, quels ont été vos souvenirs ?

Je me rappelle de la signature du cessez-le-feu en mars. J’écoutais la radio, je suis entré dans le bar et j’ai dit : « La guerre est finie ! Un silence m’a répondu. J’étais très déçu. Seul mon père m’a dit bravo !»

 

Que cela voulait-il dire ?

Il était content que cela se termine, car il avait énormément souffert durant la guerre, il aimait beaucoup les Algériens et il ne supportait pas ce conflit qu’il considérait fratricide.

 

Il n’y a donc pas de hasard. Votre départ en Algérie était écrit, si on peut dire ainsi...

C’est vrai. J’ai subi des pressions énormes pour ne pas y aller. On disait : « Tu vas te faire égorger, étriper », mais mon père est le seul qui m’a soutenu. Culturellement, il était passé par-là et il affirmait que cela se passerait bien et que les gens étaient accueillants, que c’est un beau pays. Au début, j’avais l’impression d’avoir été un peu orgueilleux de tenter cette aventure sans transition, d’être parachuté de mon village dans ce pays dont je ne connaissais rien encore mais qui, très vite, m’a claqué à la gueule.

 

Vous étiez parti pour 18 mois, vous êtes resté quatre ans.

Finalement, à quoi tient cet attachement, à quelque chose qui colle aux semelles et dont on n’arrive pas à se débarrasser ? Oui, cette formule me convient, car c’était vraiment pour moi une nouvelle vie.

 

En Algérie, vous avez découvert aussi le melting-pot des enseignants de plusieurs nationalités. Qu’est-ce que vous en retirez ?

D’abord, un grand coup de chapeau à mes élèves tiraillés entre plusieurs cultures et qui s’en sortaient extrêmement bien. Je me dis que c’était extrêmement difficile à gérer, mais a contrario c’était une richesse culturelle extraordinaire.

 

Qu’avez-vous laissé derrière vous ?

Un apprentissage de la vie, un art de vivre, un regard sur le monde que jamais je n’ai retrouvé ailleurs, une culture que j’avais appris à aimer tout en pouvant critiquer des travers, et je laissais des élèves qui m’ont appris autant que je leur ai appris.



Par Walid Mebarek

 

El Watan (23 juin 2008)

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23.08.2009

Guy HENNEBELLE vu par Guy PERVILLE

 

 

Le regretté Guy Hennebelle, ancien directeur de la cinémathèque d’Alger et ancien chroniqueur cinématographique d’El Moudjahid (sous le pseudonyme Halim Chergui), écrivit au président Bouteflika aussitôt après son discours de Paris pour lui proposer de l’aider à refonder positivement les relations franco-algériennes par un numéro de sa revue Panoramiques donnant la parole à des auteurs des deux pays, sans lui cacher qu’il n’approuvait pas toutes ses déclarations, et qu’il avait déjà écrit à Bachir Boumaza que la repentance unilatérale ne mènerait à rien [35]. Puis il écrivit au Figaro pour s’élever contre la volonté du Monde de lancer la France dans une campagne de repentance : « Ma conviction est que c’est inutile, néfaste et même dangereux. Oui, les livres d’histoire doivent dire toutes les vérités. Non, il n’est pas sain que la France vive dans des campagnes permanentes de repentance. Cette ritournelle tend à devenir maladive. Je ne pense pas du tout que la campagne récente soit de nature à rendre rationnelles, fraternelles et apaisées les relations entre la France et l’Algérie, qui a montré qu’elle savait fort bien faire encore pis que nous, et dont les besoins et préoccupations immédiates relèvent d’un tout autre registre » [36]. Dans le numéro 62 de Panoramiques, intitulé « Algériens-Français : bientôt finis les enfantillages ? », il voulut contribuer à briser ce qu’il appelait « le duo maso-sado entre la culture laïco-chrétienne du culpabilisme français et la culture arabo-musulmane du ressentiment, qui ne mène à rien de constructif » [37], rappelant son opposition à la campagne lancée par Le Monde et sa lettre antérieure à Bachir Boumaza « pour lui dire que je réprouve absolument (..) l’aventure dans laquelle il cherche à lancer son pays à travers sa Fondation du 8 mai 1945 ». En revanche, il se prononçait pour « la création d’une équipe mixte algéro-française dont la mission serait d’écrire et d’enseigner une histoire commune de notre long compagnonnage forcé, y compris de son dramatique épilogue » [38]. Ce fut l’un de ses derniers combats [39], auquel j’ai participé en pleine connaissance de cause [40].

 

 

[35] Panoramiques, n° 62, 1er trimestre 2003, p. 42. Ce numéro a obtenu l’estampille de l’année de l’Algérie.

[36] Guy Hennebelle, « Algérie : jouer aux matriochkas ? », Le Figaro, 6 août 2001, p. 9.

[37] Panoramiques, n° 62, p. 20.

[38] Ibid., p. 23.

[39] Guy Hennebelle est mort d’un cancer le 3 juillet 2003. Un numéro hors série de Panoramiques, 3ème trimestre 2003, intitulé « Pour quoi nous combattons », présente son « testament » sous forme d’anthologie de ses articles.

[40] Cf. Guy Pervillé, « Je préfère m’abstenir de tout pronostic », entretien avec Guy Hennebelle, Panoramiques, n° 62, pp. 150-158

 

Lisez l'intégralité de l'article : ici

 

 

 

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Photo JCBorel

 

 

 

17.08.2009

REGARDS SUR L’ISLAM (Paul GESCHE)

Paul GESCHE, Docteur ès Sciences et chercheur scientifique travaillant pour le groupe chimique français RHODIA, est marié et père de six enfants. Après avoir grandi en Alsace dans un contexte d’implantation d’Eglise, il est depuis 1989 un des anciens d’une Eglise évangélique pionnière établie au centre de Lyon. Il a découvert l’islam et le monde musulman au début des années quatre-vingts, alors qu’il était coopérant technique en Algérie. Depuis une dizaine d’années, il est le Président de Ministère Evangélique parmi les Nations Arabophones, la branche française d’une mission internationale autrefois connue sous le nom de North Africa Mission et aujourd’hui sous le nom de Arab World Ministries.

 

À l’aube du XXIe siècle, l’islam est la seconde religion dans le monde, mais aussi dans un pays européen comme la France où il avait eu au fil des siècles un rôle plutôt marginal. L’islam est une religion dont on parle beaucoup dans les médias, car il fournit une clé pour comprendre certains des événements les plus significatifs de notre histoire récente. L’islam «avance», dit-on, pour exprimer le fait que son influence politique et religieuse se fait sentir en dehors des pays traditionnellement reconnus comme musulmans. C’est le cas particulièrement en Afrique, mais des pays comme les Etats Unis, le Canada ou l’Australie ont aussi découvert avec une certaine surprise l’importance que revêtait désormais pour leur pays une communauté qui s’identifie comme musulmane.

 

Mais avant d’être un mouvement ou une force en mouvement dans notre monde à la recherche de nouveaux équilibres, l’islam est une religion d’hommes, de femmes, d’enfants et de vieillards qui cherchent à obéir à Dieu en manifestant une piété et en accomplissant des rites qui vont conditionner leur culture et leur représentation du monde. L’islam est un phénomène humain, bien plus qu’un ensemble de doctrines! L’islam est au départ un choix de vie, puis il devient une vie de choix déjà préparés, muris, enseignés et surveillés. Un être humain sur cinq est engagé dans cette relation avec un Dieu tout puissant et omniscient, plus grand que tout ce qui pourrait Le représenter (note: c’est la signification du cri de ralliement des musulmans: Allahou akhbar, Dieu est plus grand!). Un être humain sur cinq cherche à s’inspirer de la vie et de l’enseignement, de Muhammad (note: selon les pays et les époques, on trouve les formes voisines de Mahomet, Mehmet, Mohammed), un chef arabe qui a réussi à unifier son peuple au VIIe siècle en triomphant du polythéisme astral de leurs ancêtres. Un être humain sur cinq, cinq piliers pour édifier une vie et nourrir une foi qui trouve sa source dans un recueil de prédications, le Coran. L’islam se présente volontiers comme une religion toute naturelle, simple et logique, éloignée des extrêmes de la spéculation légaliste et de l’athéisme philosophique ou pratique.

 

Le chrétien observe l’islam qu’il a vu naître et se développer. L’Eglise s’interroge devant ce milliard de croyants qui se sont organisés sans clergé et sans prêtres à côté d’elle, autour d’elle et parfois là où elle a cessé de briller! Venu si tard après la période des apôtres, l’islam pose des questions auxquelles il n’est pas toujours facile de répondre: quelle est sa signification dans le plan de Dieu, comment s’intègre-t-il dans notre compréhension des Derniers Temps, pourquoi tant d’hommes sont-ils musulmans à l’heure où l’Evangile se répand en tous lieux par le livre, par les ondes, par la prédication missionnaire? Il y a eu beaucoup d’incompréhension entre musulmans et chrétiens, il y a beaucoup de préjugés de part et d’autre, et on constate généralement une profonde méconnaissance de l’autre, même lorsque les circonstances de la vie et les migrations économiques mélangent les hommes et les forcent à partager certaines de leurs expériences.

 

En attendant de pouvoir expliquer convenablement le christianisme au musulman, il semble utile de chercher à expliquer l’islam au chrétien, non pour lui présenter une foi alternative, mais pour lui faire sentir quels sont les besoins qui restent inassouvis dans le cœur des musulmans et qui constitueront autant de point de départ pour l’œuvre de la grâce de Dieu, manifestée en Jésus Christ notre Sauveur. C’est ce que nous ferons, Dieu voulant (note: le musulman dirait: Incha’Allah!), dans une série d’articles que nous vous proposons autour des thèmes suivants :

 

– la foi musulmane

– la piété musulmane

– la société et le monde musulman

– le musulman et Jésus

– le musulman et la Bible

– le musulman et l’Esprit Saint

– du chemin de Damas à l’Eglise

– inviter et accueillir le musulman

 

La démarche que nous vous proposons fera une large place à la prière, à la recherche de la volonté de Dieu et à l’examen de conscience, car le serviteur de Dieu doit être préparé en vue de toute lutte spirituelle, revêtu de l’amour et de la justice de Jésus. Alors seulement son témoignage suscitera les bonnes questions, produisant le fruit de la repentance. D’autre part, nous vous recommanderons chaque fois que cela sera possible un livre qui vous permettra de poursuivre la réflexion.

 

Que le Seigneur nous dirige dans ces réflexions, que nous voulons avant tout pratiques, afin que de nombreux musulmans puissent rencontrer des chrétiens avertis et rayonnants, afin qu’ils se convertissent à Jésus leur Sauveur et que le nom du Dieu Tout Puissant et Tout Miséricordieux soit loué à jamais.

 

Paul GESCHE

 

BATA-Paul_L-Islam.jpgPaul BALTA

L’Islam

Le Cavalier Bleu (Idées reçues);

ISBN: 2846700214, Paris 2001

 

27.07.2009

Jo Briant De retour de Kabylie et d’Algérie (3)

 

Un peuple qui ne se résigne pas... : L’espoir malgré tout

Cet état des lieux, qui peut paraître désespérant, est certes conforme à la réalité, mais ne rend pas compte de la vitalité d’un peuple qui ne se contente pas de rejeter massivement un pouvoir qui a tourné le dos depuis si longtemps aux idéaux de la Révolution de novembre (1954). C’est vrai que la tentation du renoncement et de la résignation est forte, face à un pouvoir qui semble si inaccessible et si lointain... Et pourtant, ce peuple algérien résiste à sa façon. Les grèves dans la fonction publique - notamment dans le secteur de l’Education - , dans les entreprises, pour exiger des salaires décents ou s’opposer à des projets de " restructuration " ou de fermeture, les manifestations contre les coupures d’eau ou pour exiger une répartition transparente des nouveaux logements, les barrages de route érigés par les sinistrés (suite au séisme de mai dernier) pour exiger un relogement d’urgence avant l’hiver, ces " mères de disparus " qui se rassemblement chaque semaine à Alger pour exiger de véritables enquêtes, ces militants associatifs qui essaient, avec quel courage !, de reconstruire une " conscience citoyenne ", sans oublier bien sûr ces milliers de jeunes de Kabylie qui s’opposent, au risque de leur vie, à un pouvoir " assassin " et méprisant, et ces femmes qui luttent courageusement pour les droits de leurs " sœurs " et contre le " code de la honte "... Oui, j’ai rencontré à longueur de journée des dizaines d’acteurs individuels et collectifs qui s’engagent pour qu’émerge enfin une " autre " Algérie, démocratique et plurielle. Même s’il manque cruellement des organisations politiques à l’écoute des citoyens et des militants de base capables de relayer ces révoltes, même minuscules, et ces espoirs.

 

Le peuple algérien a suffisamment montré par le passé son esprit de résistance et sa vitalité pour qu’il trouve les ressources d’une renaissance tant attendue.

 

À nous de l’appuyer dans sa lutte, en nous opposant d’abord à la complicité au soutien permanent du gouvernement français, en établissant ensuite des ponts et des liens de solidarité avec les mouvements citoyens de l’autre rive.

 

 

Jo BRIANT (octobre 2003)

 

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20.07.2009

Jo Briant De retour de Kabylie et d’Algérie (2)

 

Une jeunesse en plein désarroi

On se souvient qu’en mars dernier, lors de la visite de Jacques Chirac, le seul slogan crié comme un leitmotiv par les jeunes qui s’étaient massés le long des avenues d’Alger, était le suivant : " Des visas ! des visas ! ". J’ai rencontré longuement un groupe de jeunes de Constantine, ainsi qu’un animateur socio-culturel. Tous ont été unanimes : " Nous n’avons plus d’espoir dans ce système trop souvent corrompu, dirigé par une minorité hyper-privilégiée qui s’approprie l’argent du pétrole et les postes de responsabilité. Très peu d’emplois nous sont proposés, sinon des petits boulots très mal payés. Nous n’avons pas de terrains de sport, de piscine, il n’y a plus de salle de cinéma... ". Une scène de la vie quotidienne, tellement significative : sur un côté d’une avenue de Tizi-Ouzou, plus d’une centaine de jeunes se sont face sur deux rangées, les uns debout, les autres accroupis, essayant de vendre aux passants un pantalon, une veste, une chemise, une paire de chaussures...Ils peuvent ainsi rester des heures entières sans rien écouler...Leur seul espoir, voire leur seul rêve, est de prendre le chemin de l’exil. Qu’importe la destination. Signe d’un terrible échec du pouvoir algérien, mais aussi de toute une classe politique incapables de proposer une perspective, un avenir à toute cette jeunesse pourtant majoritaire. Les communes sont massivement dépourvues d’infrastructures d’animation culturelle et sportive, même si on assiste depuis peu à l’ouverture de centres culturels et de maisons de jeunes. Mais c’est nettement insuffisant. Il y a bien par ailleurs des crédits dont sont pourvus les agences locales de soutien à l’emploi des jeunes ( ALSEJ), qui favorisent des crédits bancaires pour lancer un cybercafé, acquérir un taxi ou créer une micro-entreprise. Mais le manque de formation préalable et d’accompagnement, ainsi que l’insuffisance des crédits réduisent fortement la portée de cette politique... Certes, la jeunesse algérienne n’est pas toujours résignée : le R.A.J. (Rassemblement Action Jeunesse) essaie de la mobiliser, mais son implantation ne dépasse guère la capitale. Une exception notable : la jeunesse de Kabylie, qui s’est révoltée massivement en 2001 (123 jeunes ont été tués par les forces de l’ordre...), à l’appel du mouvement citoyen des A’rouch (assemblées locales traditionnelles kabyles). J’ai pu rencontrer Belaïd Abrika, la figure de proue de ce mouvement. Un mouvement plein d’espoir, avec des revendications qui touchent à la fois à la reconnaissance de l’identité et de la langue berbères, à l’exigence d’ un véritable développement basé sur les besoins fondamentaux de la population, et à l’émergence d’un nouveau système politique, véritablement démocratique et pluriel. Mais cette révolte est quelque peu dans l’impasse et cherche un nouveau souffle, se heurtant à l’inertie d’un pouvoir et d’un système incapables de se remettre en question.

 

L’Algérie dans la tourmente politique : la nomenklatura politico-militaire toujours au pouvoir...Et les Islamistes ?

Un mot d’abord sur la situation sécuritaire. Incontestablement, les " violences " ont très fortement diminué, en comparaison des massacres qui ravageaient le pays il n’y a pas si longtemps. Un climat de réelle sécurité règne dans les villes et je n’ai jamais eu le sentiment d’être menacé. Il reste qu’en une dizaine de jours j’ai comptabilisé, en consultant quotidiennement la presse, dix-huit morts ( sept " Islamistes " , cinq militaires, six civils), suite à des attentats perpétrés par des groupes islamistes ou à des confrontations entre ces groupes et l’armée. Une violence qualifiée de " résiduelle " par le pouvoir. Une moyenne mensuelle de cinquante morts, c’est quand même considérable et montre que l’Algérie est encore loin d’être " pacifiée ". Et, au-delà de ce décompte macabre, on sent à chaque instant que l’idéologie islamiste a profondément gangrené la société algérienne. La pression religieuse traditionnelle est très forte ; en période de Ramadan, tous les cafés, bars, restaurants sont fermés jusqu’à la " rupture du jeûne ", et il est hors de question pour quiconque de manger un sandwich ou de griller une cigarette à la vue d’autrui. En période normale, il est désormais très difficile d’acheter une bouteille de vin ou de bière, ce qui n’était pas le cas il y une quinzaine d’années. Quant au code de la famille, appelé par de nombreux Algériens et surtout Algériennes " code de la honte ", adoptée en 1984, qui nie tout droit à la femme, il n’est toujours pas question de l’abolir... Ne pas oublier que l’Assemblée nationale algérienne comprend 81 députés islamistes, sans compter de très nombreux islamo-conservateurs... Un exemple parmi tant d’autres : lors d’un concert auquel j’ai assisté à la Maison de la Culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, concert par ailleurs très chaleureux, j’ai comptabilisé une quinzaine de femmes sur une assistance de sept cent personnes ! Ce qui révèle à quel point les femmes algériennes se voient de fait interdit l’espace public (cafés, restaurants, lieux culturels...), réservé presque exclusivement aux hommes.

 

Mais au-delà du problème sécuritaire et de l’imprégnation islamo-conservatrice de la société algérienne, ce qui m’a le plus frappé à l’occasion de mes multiples contacts, c’est le sentiment d’abandon face à un pouvoir qui est perçu comme très éloigné et indifférent aux difficultés quotidiennes rencontrées par la population. Hogra (mépris) : un mot sans cesse repris pour qualifier l’attitude des autorités et des responsables, qu’ils soient nationaux ou locaux. A moins d’être " pistonné ", de connaître personnellement tel ou tel responsable, ou de pouvoir glisser un dessous de table, on a très peu de chance de voir sa demande ou sa revendication, même la plus légitime, prise en compte. Quant au sommet de l’Etat, aux " décideurs " politico-militaires, ils représentent un régime honni qui ne tient que par l’équilibre de la violence. Un régime qui se maintient en contrôlant et en réprimant si nécessaire les partis politiques, les syndicats, les associations qui doivent d’abord obtenir le fameux " agrément " pour exister et agir. Sait-on par exemple que les membres du bureau de toute association (au moins 9 personnes) doivent fournir, outre deux photos d’identité, un extrait de leur casier judiciaire, un extrait de naissance, l’adresse et le téléphone de leur employeur... Un véritable contrôle social et politique qui s’exerce sur l’ensemble de la société algérienne, renforcé par le maintien de l’état d’urgence instauré en 1992.

 

A l’approche de l’élection présidentielle d’avril 2004, la pression des militaires s’accentue. Il s’agit de contrôler et de neutraliser les candidats potentiels qui chercheraient à s’affranchir de cette mainmise, à commencer par le président Abdelaziz Bouteflika. Le secrétaire général du FLN, Ali Benflis, a été limogé par Bouteflika dès lors même que cet ex-parti unique, redevenu dominant, semble vouloir échapper au contrôle du pouvoir... Les couteaux s’aiguisent, et pendant ce temps l’Algérie semble patiner inexorablement depuis maintenant une quinzaine d’années, payant les frais de ces guerres intestines au sein de la nomenklatura politico-militaire au pouvoir, et d’une absence quasi totale de vie et de débat démocratiques.

...

 

 

Jo BRIANT (octobre 2003)

 

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Belaïd Abrika et Délégués (Photo Aqchiche)

13.07.2009

Jo Briant De retour de Kabylie et d’Algérie (1)

 

Jo Briant président du CIIP Grenoble demande des actions de solidarité et de lobbying

Ex-militant engagé dans les années 58-62 contre la sale guerre coloniale en Algérie, ex-coopérant dans ce pays nouvellement indépendant, en 1962, je suis retourné récemment - après 25 années d’absence !- pour voir sur place où en est ce peuple algérien qui sort à peine de cette sinistre " décennie noire " au cours de laquelle au moins cent mille personnes ont été tuées ou ont " disparu ". Quinze années, déjà, depuis les fameux événements d’octobre 1988. Que sont devenus les rêves et les espoirs d’une vie meilleure qui poussèrent la jeunesse algérienne à s’exprimer dans le rue en octobre 1988 ? Une alternative au " système " clanique, dirigé en sous-main par les militaires, est -elle perceptible ? Et qu’en est-il du mouvement citoyen berbère, que j’ai rencontré à Tizi-Ouzou, au cœur de la Kabylie, deux ans après les massacres où sont tombés 130 jeunes ? Et tant d’autres questions que je me posais avant de partir, alors même que tant de malheurs multiples ont submergé ce pays depuis une quinzaine d’années...

 

Place au récit de voyage en Algérie en octobre 2003 de Jo Briant, président du Centre d’Information Inter Peuples (CIIP) de Grenoble.

 

Un terrible isolement...

L’hospitalité algérienne n’est pas un mythe. J’ai été chaleureusement accueilli partout où je me suis rendu, à Tizi-Ouzou, à Bordj-Ménaïel (Kabylie), à Constantine, à Alger. Une soif de contact, d’autant plus grande que l’Algérie a été littéralement isolée du monde depuis les " événements " de 1991-92. Un cycle de violences et de massacres qui a généré automatiquement un véritable " cordon sanitaire et sécuritaire " autour de l’Algérie. Un cordon toujours très étanche, même si quelques hommes d’affaires et autres touristes osent maintenant s’aventurer. Mais j’en ai entrevu si peu... Des groupes (de jeunes, d’élus...) commencent à venir. Par exemple, une délégation de la Ville de Grenoble m’a précédé à Constantine, ville jumelée avec la capitale des Alpes. Mais ces groupes sont étroitement encadrés et s’aventurent bien peu en dehors des sentiers balisés et sécurisés... Le tourisme est quasiment inexistant, même si les hôtels commencent à fleurir, notamment à Alger. Un signe positif cependant : le retour progressif des compagnies aériennes internationales qui desservent ou sont sur le point de desservir de nouveau Alger, comme Alitalia, Air France ou British Airways

 

Un pays riche, un peuple pauvre... l’opulence insultante d’une minorité

Une image parmi tant d’autres : sous les arcades de l’avenue Che Guevara, tout près du port, à Alger, j’aperçois soudain une femme qui s’installe pour la nuit avec ses deux enfants, emmitouflés dans une couverture... La même scène cent mètres plus loin. L’ami algérien qui m’accompagne me glisse : " une telle situation était impensable il y a quelques années , surtout en période de Ramadan ". Un signe parmi tant d’autres d’une misère qui croît chaque jour. Le taux de chômage dépasserait les 30%, et de larges pans de la population ne survivent que grâce à la vitalité du secteur informel (de 22 à 27% du PIB), tandis que certains s’enrichissent sans limite en échappant au fisc et à la réglementation , libéralisation et privatisation obligent ! Ce désordre néo-libéral favorise la précarité et les écarts de revenu (un quart de la population vit dans la pauvreté et 5,7% dans la misère, avec moins de 50 dinars par personne et par jour, c’est à dire 50 centimes d’euro...). Une situation d’autant plus choquante que le pouvoir algérien a accumulé 30 milliards de dollars de réserves de change, grâce principalement à ses recettes pétrolières. Manne qui profite surtout à une minorité dont l’opulence est ressentie comme intolérable et insultante...A la faveur de pratiques peu licites et d’une libéralisation sauvage, une faune d’opportunistes sans scrupules - comment ne pas penser à Khalifa - s’est considérablement enrichie et constitue actuellement une classe arriviste qui choque et frustre un petit peuple de plus en plus pauvre dont le nombre ne cesse de croître...Les couches moyennes disparaissent peu à peu car leur pouvoir d’achat s’érode quotidiennement. Un exemple parmi d’autres : un professeur de lycée débute avec un salaire de 13 à 15 000 dinars (environ 125 euros...). Ce qui peut explique la grève générale, largement suivie, dans l’enseignement secondaire, depuis la rentrée... Même si bien d’autres causes expliquent cette grève dans ce secteur littéralement sinistré. Quant au salaire minimum, il s’élève à 10 000 dinars (100 euros), somme que ne touchent pas tous les travailleurs, loin de là.. Quand on sait que le montant moyen du loyer d’un F3, dans une ville comme Tizi-Ouzou, varie de 10 000 à 20 000 dinars (c’est beaucoup plus cher à Alger), on mesure l’extrême précarité à laquelle doit faire face la majorité de la population. En période de Ramadan, le prix du kilo de viande s’élevait à 500 dinars...

 

Pénurie d’eau, décharges sauvages, privatisation du système de santé : une régression inquiétante...

Partout où je me suis rendu, j’ai pu constater les obsédantes coupures d’eau à laquelle sont confrontés quasiment tous les Algériens. Coupure quotidienne allant de 10 à 15 heures...Les causes : la sécheresse qui affecte l’Algérie depuis plusieurs années. Mais aussi la grave imprévoyance du pouvoir algérien qui a construit trop peu de barrages et de retenues. A quoi il faut ajouter la conception et la pose gravement déficientes des conduites d’eau : on estime que sur dix litres coulant dans les conduites, à peine la moitié parvient aux usagers. Les fuites sont innombrables, inondant chaussées et caves... Un environnement profondément dégradé par les décharges sauvages. Déchets et ordures sont jetés et éparpillés partout, défigurant et salissant les centres urbains où prolifère une noria d’insectes, de moustiques et autres rongeurs...Une collecte des ordures très insuffisante, un cahier des charges bien peu contraignant pour les sociétés, publiques ou privées, de construction, une culture " écologique " encore naissante...Une situation déplorable qui explique une régression inquiétante de l’hygiène et la réapparition de maladies ou d’épidémies qui avaient largement disparu : typhoïde, diphtérie, méningite, gale, et tout dernièrement la peste dans la périphérie d’Oran. Cette régression est aussi le résultat de la libéralisation du système de santé. Il reste certes des hôpitaux publics, mais ils sont trop souvent démunis de matériel médical ou para-médical. Il n’est pas rare que les malades doivent apporter avec eux couvertures et draps, voire leurs propres médicaments. Quant au personnel, il est de plus en plus contractuel, sans garantie d’emploi durable. Résultat : de nombreux médecins, notamment les spécialistes, quittent l’Algérie et vont se " vendre " en France ou aux Etats-Unis... Quant aux cliniques privées, elles sont certes très bien équipées, mais réservées à une classe privilégiée.

 

 

Jo BRIANT (octobre 2003)

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05.07.2009

Le communiqué de Georges BERTIN

  

 

″Chers collègues et amis,

 

Pour poursuivre l'entreprise d'échanges internationaux sur les sciences sociales et l'intervention sociale entreprise depuis 6 ans par une équipe bénévole enthousiaste, laquelle a abouti à faire de la revue Esprit Critique la première revue gratuite en ligne de ce type, j'ai accepté d'en prendre la direction à la suite de notre fondateur Jean François Marcotte, lequel demeure dans l'équipe.

 

Vincent Baholet, directeur régional du CNAM des Pays de la Loire, a bien voulu nous apporter le concours technique et administratif  du CNAM, ce qui permettra également de créer des synergies avec les réseaux du Conservatoire. Ceci correspond d'ailleurs à l'une des missions du CNAM : la diffusion de la Culture Scientifique et Technique.

 

En parcourant le site de la revue:

http://www.espritcritique.org

vous pourrez juger du sérieux avec lequel nous avons conduit nos travaux: en témoignent 250 articles disponibles en ligne.

 

Aussi, pour poursuivre l'œuvre entreprise, si vous souhaitez rejoindre cette belle aventure humaine et scientifique, soit pour participer à la rédaction de la   revue, soit pour proposer un article ou un numéro thématique, soit pour nous apporter vos compétences techniques et littéraires, ou encore participer à la diffusion d'Esprit Critique et assurer son rayonnement, n'hésitez pas à nous contacter, nous reprendrons très vite langue avec vous.

 

Si la mission de la revue vous interpelle et que vous avez quelques heures à investir, nous avons toujours besoin d'aide pour assurer le développement de la revue: mise en page, révision linguistique, rédaction, promotion, etc. Parlez en aussi autour de vous. Vous trouverez en pièce jointe un descriptif de la revue, n'hésitez pas à nous contacter.

 

Bien cordialement.″

 

 

Biographie de Georges BERTIN (par les éditions Trédaniel)

 

Georges Bertin est, au Conservatoire National des Arts et Métiers, à Angers, directeur général de l'Institut de Formation et de Recherches en Intervention Sociale (IfoRIS).

 

Il est docteur en Sciences de l'Education et Habilité à diriger les recherches universitaires en sciences sociales, chevalier dans l'Ordre National du Mérite et dans l’Ordre des Palmes Académiques. Ancien professeur d'enseignement général puis animateur, il a dirigé, 15 ans, l'Office départemental de la Culture de l'Orne et son Université Rurale.

 

Maître de conférences en sociologie de l'UCO, il a enseigné aux Université de Paris 8, Caen, Angers, le Mans, Pau, a été directeur de l'Institut de Psychologie et Sociologie Appliquées à l’Université Catholique de l’Ouest d'Angers et Vice-Recteur de cette université.

 

Il est membre du GRECO CRI (groupement européen de recherches coordonnées des centres de recherches sur l'imaginaire fondé par le professeur Gilbert Durand), directeur exécutif de la revue /Esprit Critique, et /de la revue /Herméneutiques sociales/, directeur de recherches associé au laboratoire /Processus, accompagnement, formation /de l'Université de Pau.

 

Il est aussi membre du bureau international de l'association francophone internationale de recherches scientifiques en Education (AFIRSE), membre de la Société Internationale arthurienne et de la Société de Mythologie Française. Ancien Conseiller économique et social de Basse Normandie, il est chevalier dans l'Ordre National du Mérite et dans l'Ordre National des Palmes Académiques.

 

 

 

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30.05.2009

Longtemps, j’ai voulu écrire... (Anna ALTER)



J’ai commencé à écrire quand je suis devenue journaliste. J’en avais envie, je voulais le faire depuis bien plus longtemps mais je ne pouvais pas : c’était le domaine réservé de mon frère Christophe. Il était très doué, il avait un style classique, très travaillé. Enfant, j’étais très admirative, il savait faire des phrases avec des mots compliqués, montrer qu’il était fort en écriture. D’ailleurs, il avait toujours le premier prix de français.

J’en ai eu un moi aussi, en première, et j’ai dédicacé mon livre à ma professeure de l’époque. L’année suivante, en terminale, j’étais dernière… L’expérience a été si traumatisante que, depuis, je doute et me pose régulièrement la question : suis-je dans une phase « première » ? Ou « terminale » ? C’est pourquoi j’ai toujours besoin d’être entourée par des gens en qui j’ai confiance et qui me rassurent lorsque je leur donne à lire mon travail. Je suis très désarçonnée lorsqu’on me dit que c’est mauvais et je choisi mes lecteurs avec soin, de préférence parmi les bonnes copines qui savent prendre des gants.

J’ai donc laissé l’écriture à mon frère pour investir un autre territoire, celui des sciences. Je m’y sentais bien, il était à moi, rien qu’à moi et même si je ne pense pas avoir eu un don particulier pour les sciences, pas plus que pour l’écriture, mes efforts dans ce domaine donnaient rapidement de bons résultats. Je prenais plaisir aux sciences, un plaisir sensuel, et je suis devenue "doktorr astrophysik". Puis je suis partie en coopération en Algérie et, à mon retour, j’ai rompu avec elles. Je suis devenue journaliste. Avec, toujours, quelque part en moi, cette idée qu’un jour j’écrirais pour de vrai. Le journalisme aussi me demandait beaucoup d’efforts mais ce n’était pas un aboutissement, pas une vocation. J’ai fait des livres de journaliste par la suite, que je considère comme des gammes avant le « vrai » livre. Christophe me gênait et je n’ai pu écrire autre chose, ce dont j’avais envie, qu’après sa mort. J’ai pu alors braver l’interdit

Le roman, une réinvention du monde.

Je n’ai jamais eu envie d’inventer un personnage, parce que cela n’a aucune importance pour moi. Qu’il soit fictif ou réel, un personnage ne devient un personnage que par la manière dont il est raconté, grâce au relief que lui donne l’écriture. Ecrire est une interprétation de la réalité, et le roman commence dès qu’on a un regard sur les choses. Un grand romancier n’est pas nécessairement celui qui bâtit des intrigues, mais celui qui pose sur le monde, sur son monde, sur ces contemporains, sur lui-même, un regard particulier. Cela n’a rien à voir avec l’auto-fiction, le « moi-je », bien au contraire ; c’est un regard distancié.
Je vis ma vie à plat, et je lui donne du relief par l’écriture. Un relief biaisé, parce que je la vois à travers d’autres yeux que les miens : ceux d’une petite fille dans mon premier roman, d’une adolescente dans le second et d’une adulte dans le troisième, pas forcément celle que je suis maintenant. C’est de la réinvention plutôt que de l’invention. J’aime regarder les choses à distance, de très loin, puis relier entre eux des évènements qui n’ont peut-être aucun lien dans la réalité. Le monde est une voûte céleste piquetée d’étoiles que j’assemble les unes aux autres par la pensée pour former des constellations qui n’existent que pour moi. C’est cela, avoir un regard. Les données de la vie sont exceptionnelles, je n’ai pas besoin d’en rajouter de nouvelles avec mon pauvre cerveau. A moi de savoir faire partager.


Je ne regrette pas de l’avoir fait, même si c’est beaucoup d’énergie dépensée pour un résultat, en termes de ventes, assez médiocre. Mon livre n’est pas encore mort, il court toujours, deux ans après. Mais a-t-on vraiment envie de se vendre ? Pour moi, le plus important a été de pouvoir rencontrer des gens qui l’ont lu, l’ont aimé, sont en osmose avec lui. Puis il y a toujours l’espoir que le temps décante, que mon livre soit considéré comme « quelque chose » par rapport aux « riens » vendus à 300 000 exemplaires. Il est aujourd’hui plus facile de vendre du vent, mais ce n’est pas une raison pour faire du vent.

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