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18/06/2014

Retrouvailles avec Messieurs LE ROUX et CHATEAUDON

 

Le 31 mai 2014, un jour d’anniversaire, Saïd SERRIR et sa femme Christiane que je salue au passage, se sont donné beaucoup de mal, afin de nous recevoir chez eux. Autour d’un bon couscous (dont Christiane a jalousement gardé le secret), elle a réussi à ressembler nos profs (Monsieur Jean-Etienne LE ROUX et Monsieur Jean-Pierre CHATEAUDON) et plusieurs anciens élèves. Nous avons échangé durant pratiquement toute la journée : que de souvenirs, des souvenirs, des souvenirs,  … un retour en arrière de 45 ans et parfois plus !

 

Le frère du défunt MELBOUCY Mohand s’est déplacé spécialement des USA et MEZHOUD Salem est venu d’Angleterre afin d’assister à cette belle et touchante rencontre. A chacun de nos rendez-vous, l’émotion est toujours là.  

 

Comme à son accoutumée, le célèbre chanteur FERHAT, nous a égayé avec ses belles chansons qui ont réveillé et mobilisé la jeunesse kabyle pour un idéal proche.

 

Je ne pourrai pas clore ce récit sans avoir une pieuse pensée pour Madame LEROUX Dany. Cela faisait 6 ans, jour pour jour, qu'elle a quitté ce monde pour rejoindre un monde meilleur. A tous ceux qui l’ont connue, je vous prie d’avoir une pieuse pensée pour elle.

 

Boussad DAHLAB

 

 

 

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12/05/2014

Reconstruire le regard savant (François SIINO)

 

Au terme d’une première et rapide lecture transversale de ces sources mémorielles sur le temps de la coopération, il serait évidemment prématuré de prétendre tirer des conclusions ; il s’agit plutôt de souligner la richesse et le caractère ouvert d’un corpus qui invite à des analyses plus ciblées. Il faut aussi en souligner les manques, le plus criant étant sans doute – à ce stade – le trop faible nombre d’entretiens avec des témoins maghrébins de cette période. Leurs témoignages et leurs analyses sont pourtant une composante indispensable pour prolonger l’enquête et appréhender dans toute sa complexité la construction du champ intellectuel franco-maghrébin qui se dessine à cette époque.

Cette première lecture conduit néanmoins à s’interroger sur la pertinence de la catégorie même de « coopérant » pour réfléchir aux effets en retour de cette période. En d’autres termes, peut-on parler d’une génération de coopérants français au Maghreb au sens où Jean-François Sirinelli identifie une génération intellectuelle de la guerre d’Algérie (Sirinelli, 1999) ? Probablement pas, pour des raisons qui tiennent à la fois à la composition objective de l’ensemble d’individus que recouvre cette appellation et à la perception subjective que ceux-ci ont de leur existence collective.

On l’a dit au début de ces lignes, il s’agit d’une population composite, aux statuts divers, et dont l’expérience vécue a fortement varié du fait de la diversité des espaces concernés et surtout de la longue durée sur laquelle elle s’est déroulée. Parmi les rares témoignages écrits, il suffit de lire en parallèle celui d’un coopérant en poste en Tunisie dans les années 1960 (Fouchard, 2001) et ceux du « dernier coopérant français en Algérie » rentré en France en 1994 (Durand, 1997) pour mesurer la difficulté de comparer des parcours intervenus à trois décennies d’intervalle. De fait, si les récits écrits sur cette période sont si rares, ce n’est certainement pas du fait de l’oubli : les témoignages oraux recueillis au cours de cette enquête montrent au contraire la force et l’intensité des souvenirs, le désir d’en transmettre le contenu tout à la fois humain, intellectuel, émotionnel, politique… Mais il s’agit visiblement d’une mémoire qui ne s’inscrit pas spontanément dans un cadre collectif. Même si des contacts individuels ont pu être maintenus entre anciens coopérants universitaires, il n’existe apparemment à ce jour aucun regroupement de type associatif ou autre, se voulant porteur d’une identité et d’une mémoire commune[1].

Une autre raison de la difficulté à se penser en tant que groupe tient sans doute également à une contradiction inhérente au statut du coopérant et à la finalité de sa mission : en tant que membre d’un collectif censé contribuer à l’autonomie des pays assistés, celui-ci n’a en effet d’autre raison d’être que de travailler à sa propre disparition (c’est-à-dire son retour en France), d’autre horizon que d’acquérir la certitude d’être devenu inutile une fois remplacé. Il est donc plus facile, y compris sur le moment, de penser la coopération comme une expérience humaine et intellectuelle personnelle et singulière. Une telle posture permet, sinon d’aller jusqu’à envisager une installation définitive dans le pays – ce que plusieurs ont néanmoins fait –, du moins de ne pas fixer au séjour d’échéance précise. Et dans la plupart des cas, les raisons du retour tiennent moins au sentiment d’avoir rempli son contrat (et donc d’être devenu superflu), qu’à des considérations personnelles (familiales, universitaires, professionnelles).

Mais si le statut de coopérant n’a pas en tant que tel créé d’effet générationnel identifiable, les témoignages des jeunes intellectuels qui en ont fait l’expérience confirment néanmoins un fait majeur : le temps de la coopération a été l’une des matrices majeures de la formation de ceux qui allaient devenir dans les décennies suivantes, les spécialistes français du Maghreb, et plus largement du monde arabe. De ce point de vue, leur expérience est à rapprocher de tous ceux qui ont vécu une autre forme de coopération scientifique en animant, à la même époque et plus tard, les centres français de recherche dans le monde arabe (au Caire, à Beyrouth et Damas). Nombre d’entre eux ont d’ailleurs connu successivement les deux expériences, dans une série d’aller-retour entre la France, le Sud et l’Est de la Méditerranée. C’est de ce vivier que sont sortis la plupart de ceux qui ont occupé des fonctions de recherche et d’enseignement au sein d’institutions de recherche sur le monde arabe et musulman en France, qui les ont eux-mêmes parfois créées, et, à un moment où à un autre, les ont dirigées. Pour ne prendre qu’un seul exemple, l’historien André Raymond, coopérant en Tunisie (1957-59) a dirigé par la suite l’Institut Français d’Etudes Arabes de Damas (1969-75), fondé l’Institut de Recherches et d’Etudes du Monde Arabe et Musulman d’Aix-en-Provence dont il a été le premier directeur (1986-89). On voit ainsi comment le déplacement géographique de la coopération peut s’avérer le prélude de vocations dans lesquelles le contexte, l’engagement politique et les options épistémologiques se combinent pour produire des parcours intellectuels originaux.

Ce moment liminaire revêt aussi une importance particulière dans la mesure où la période de la coopération est aussi celle où se construit un nouveau regard sur la réalité des sociétés de l’Afrique du Nord. Celui qui prévalait au temps de la domination coloniale étant révolu, il convient d’en construire un autre, et c’est ce que contribuent à faire ces jeunes social scientists « de passage ». Ce regard se construit avec les ressources théoriques et pratiques des sciences sociales disponibles à l’époque, sur une expérience personnelle voire intime, et dans le cadre d’une vision du monde conditionnée par un contexte politique global. Ce renouvellement du regard revient à poser une question fondatrice de toute la démarche anthropologique, celle de l’altérité : qui est cet autre qu’on appelait auparavant « l’indigène » ou le « musulman » et quel rapport entretenons-nous avec lui ? Dans le contexte maghrébin, cette question se pose en des termes exacerbés, ceux de « l’altérité proche » (Colonna, 1991). Impossible en effet de ne pas tenir compte d’une évidente proximité : celle qui facilite les contacts, la communication, qui donne l’impression de l’entre-soi et de la connivence, mais qui rappelle aussi la pesanteur et l’aliénation culturelle due à la colonisation. Tout aussi impossible de ne pas sentir les barrières manifestes, les discontinuités culturelles, linguistiques, symboliques, les ruptures de communication lorsqu’elles interviennent. Selon que l’on choisit de voir certaines choses et d’être aveugle à d’autres, on pourra juger qu’une décolonisation réussie se mesure au degré d’identité que l’on a réussi à préserver ou bien, à l’inverse, à la quantité d’altérité que devaient récupérer les anciens colonisés pour devenir eux-mêmes. C’est en partie sur cette tension que s’est re-construit le regard savant sur le Maghreb – et plus généralement sur le monde arabe – dans les décennies qui ont suivi le temps de la coopération.

 

François Siino*

* CNRS, IREMAM, Aix-en-Provence.
Récits de la coopération au Maghreb

 

Henry_le-temps-de-la-cooperation_2012_couv.jpgDans :

Le temps de la coopération: sciences sociales et décolonisation au Maghreb.

Jean-Robert Henry, Jean Claude Vatin

KARTHALA Editions, 2012

 

 

 

 



[1]. Le seul site internet qui revendique cette vocation (http://cooperant.algerie.free.fr/) est visiblement l’expression d’une initiative individuelle et le caractère très limité de son contenu ne le distingue guère des sites personnels dans lesquels l’épisode de la coopération constitue une sous-partie.

09/06/2013

Coopérants du Diocèse de Bayonne.

2007 : les 40 ans de la DCC (Délégation Catholique à la Coopération)

 

40 ans de la DCC : C’est  l’occasion  pour  l’équipe  diocésaine  de  coopération  missionnaire  de  retrouver  des  noms,  des adresses  de  gars  et  filles  qui,  durant  leur  jeunesse,  ont  été  plusieurs  années  en  pays  lointain,  « en Coopération ».

 

Voici la liste pour l’Algérie  (à compléter, à corriger) :

Louis CROUZAT, d’Orthez, parti en 1967 en Algérie.

 

Bernard PASCOUAL, de Biarritz, parti en 1967 en Algérie.

 

Jean-Pierre JACOUTY, de Biarritz, parti en 1971 en Algérie.

 

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21/05/2013

Allocution de M. Pierre-André WILTZER en 2003

Monsieur le Ministre de la Fonction Publique,

Mesdames et Messieurs,

 

L'assistance technique est l'un des piliers dela Coopérationfrançaise.

Au cours de ses évolutions successives, elle a toujours rempli une mission primordiale : maintenir une présence visible et contribuer au développement de nos partenaires en leur apportant notre savoir-faire et notre expérience.

Cette présence, comme j'ai pu le constater à maintes reprises, est aujourd'hui reconnue comme une des forces dela Coopérationfrançaise : sa connaissance des hommes et du terrain en fait un interlocuteur apprécié et souvent sollicité. Nous avons le devoir de maintenir et valoriser cet atout.

Cet héritage est de haute valeur, mais la gestion de ce patrimoine, par la force des choses, a dû et se doit d'évoluer. La mutation vient de l'apparition, heureuse, dans de nombreux pays, de cadres administratifs, universitaires ou plus récemment issus de la société civile. Elle est due aussi à l'abandon d'une politique de substitution aux cadres locaux, souvent plus l'expression d'une continuité du système préexistant que d'une profonde recherche de solutions locales. Enfin, elle prend en compte l'évolution des bailleurs avec l'intervention de plus en plus déterminante d'institutions internationales comme le FMI,la Banquemondiale ou de l'Union européenne ou de banques régionales et la multiplication des appels d'offres internationaux de plus en plus ouverts à la concurrence. De ce fait, le Coopérant intégré à long terme dans une institution locale a disparu progressivement. Cette évolution est d'ailleurs renforcée par le tarissement de la ressource des Volontaires du Service National. Les effectifs qui étaient d'environ 20 000 dans les années 70-80 sont à présent de 2 300.

Est-ce à dire que l'apport et l'impact de notre assistance technique se réduisent à 10 % de ce qu'ils étaient il y a vingt ans ? Je ne le pense pas.

Aujourd'hui c'est moins l'importance des effectifs de cette expertise qui est recherchée que sa qualité et son positionnement. Nous devons désormais utiliser ses moyens au mieux, en choisissant soigneusement, en concertation avec nos partenaires, les profils, les hommes, la durée des missions et les lieux où elle doit être mise en œuvre.

Le métier a changé : il n'y a plus de Coopérants exerçant à l'étranger un métier "classique", comme ils l'auraient assuré en France, mais des spécialistes en développement social, urbain, en ingénierie éducative, en économie de la santé, en environnement, en gestion administrative. Il n'est plus cet assistant technique conduisant simplement un projet de Coopération mais il est aujourd'hui un expert apportant un conseil, une vision stratégique sectorielle sur la réorganisation des systèmes dans le domaine de l'éducation, de la santé, de la justice, de la fonction publique ou des transports urbains...

Sa zone d'intervention s'est également élargie : elle ne se limite plus aux seuls pays d'Afrique francophone mais englobe l'ensemble des 54 pays dela Zonede Solidarité Prioritaire.

Avec la création puis l'installation aujourd'hui du groupement d'intérêt public "France Coopération internationale", une nouvelle étape de la modernisation de nos instruments de Coopération est franchie. Le ministère des Affaires étrangères et le ministère dela Fonctionpublique, associés à l'Agence française de développement, à l'Ecole nationale d'administration et à Egide, ont ensemble voulu faire de cette nouvelle structure un véritable relais entre les administrations françaises, les experts et assistants techniques – publics ou privés – d'une part et les organismes qui expriment les besoins en expertise d'autre part. Pour être en phase avec les évolutions que je viens de décrire, nous avons voulu lui confier quatre missions :

- Mobiliser l'expertise publique de courte et moyenne durée pour l'identification, la sélection de projets,

- Appuyer les opérateurs nationaux publics et privés en respectant le principe de subsidiarité, FCI n'étant éventuellement opérateur que si l'offre ne peut répondre,

- Organiser des partenariats public/privés et internationaux,

- Mettre en œuvre pour le compte de la direction générale dela Coopérationinternationale et du Développement des missions d'assistance technique civiles pluridisciplinaires de courte et moyenne durée, notamment en situation de post-crise.

 

Le GIP-FCI a donc une vocation interministérielle, pluridisciplinaire, horizontale. Il peut offrir, à la demande des partenaires, et donc de façon facultative des services mutualisés.

Il constitue un outil adapté à la demande croissante d'expertise de courte et moyenne durée et remplit le chaînon manquant dans les instruments de notre Coopération. Ce n'est pas un substitut, mais un complément du dispositif général d'aide.

Sans concurrencer les opérateurs nationaux, et tout en visant, à terme, l'autonomie financière "France Coopération internationale" va permettre àla Francede prendre davantage pied dans la compétition internationale que se livrent les bailleurs de fonds. Plus léger et donc plus réactif qu'une structure administrative classique, il sera en mesure de répondre avec rapidité et souplesse aux sollicitations multiples notamment de l'Union européenne, dela Banquemondiale, des Nations unies ou des banques régionales.

* * *

La Francea fait de la solidarité à l'égard des pays les plus démunis l'une de ses grandes priorités. Il nous appartient donc d'offrir à nos partenaires une aide efficace mobilisant des hommes et des femmes de talent et de volonté. A mes yeux, France Coopération internationale est donc appelée à devenir un outil parfaitement adapté de notre aide au développement.

 

 

Pierre-André WILTZER.jpgALLOCUTION DU MINISTRE DELEGUE ALA COOPERATION ET ALA FRANCOPHONIE,

M. PIERRE-ANDRE WILTZER

 

(Paris, 2 septembre 2003)

  

11/03/2013

François VENOT et les "Tribus"

Déjà, en 1937, Henri Lhote écrivait dans un petit ouvrage consacré au Sahara

[1] : "Les Mzabites sont des Berbères. Ce sont les puritains de l'islam, ils furent persécutés par leurs coreligionnaires et durent s'enfuir au désert pour conserver leur orthodoxie. Au creux d'une hamada rocailleuse et aride ils surent, par un travail acharné, faire sortir, comme des magiciens, un groupe prospère d'oasis dont Ghardaïa est la capitale. Les mœurs des Mzabites sont empreintes d'une grande austérité ; ils n'admettent aucune dérogation à la loi de Mahomet, se marient strictement entre eux, soustraient leurs femmes aux yeux de qui n'appartient pas à leur tribu, et leurs villes sont autant de petites forteresses où il est impossible, après la tombée du soleil, de pénétrer sans montrer patte blanche."

 

À cette époque, je ne m'étais guère préoccupé de la question du tribalisme dans le fonctionnement des États, thème que j'aborderai ci-après à propos de l'Afrique subsaharienne. Cependant, il était clair que les Mozabites formaient un groupe ethnique berbère bien identifié, de même que les Kabyles. Cette question est d'ailleurs toujours (en 2011) à l'ordre du jour au Maghreb comme au Machrek[2], selon les informations qui parviennent de la guerre civile en Libye, par exemple. Les parties en présence au conflit se déterminent sur des bases tribales et le sort du colonel Kadhafi se joue en fonction de ses alliances ou mésalliances tribales, une fois jouée la partition des bombardements de l'OTAN.

GHARDAÏA_ph-commeunvolcan-constance_1970env.jpg

Je terminai mon premier séjour de longue durée dans un pays et une culture radicalement différents, sur un sentiment mi-figue, mi-raisin. La francophonie des cadres et techniciens facilitait les choses, mais le Français plein de bonne volonté et d'idéologie tiers-mondiste n'était pas accueilli à bras ouverts comme il aurait pu le croire. Les séquelles psychologiques de la guerre y étaient pour beaucoup, ainsi que la difficile reconstruction d'une société nouvellement indépendante.

 

Déjà se posait la question qui me poursuivra pendant tous mes voyages et séjours ultérieurs : quelle doit être et que peut être la coopération technique entre anciens colonisateurs et anciens colonisés ? Jusqu'où peut aller la conception du développement par des acteurs de facto étrangers ? Les Africains, ici il ne s'agissait encore que des Africains du Nord, allaient-ils prendre en charge eux-mêmes leur projet de société, forcément nouvelle ?

 

VENOT_Voyages-dans-le-vieux-monde-1947-2010_couv.jpgFrançois VENOT

Voyages dans le vieux monde 1947-2010

 

 Société des Écrivains, 2012



[1] Henri Lhote : Le Sahara, désert mystérieux. Éditions Bourrelier.  Paris. 1937

[2] Dénomination de l’Orient arabe qui va de la Libye et de l'Égypte, jusqu’en Irak, Syrie, Jordanie …