25.11.2009

SE PLAINDRE, ALGÉRIE (André CORTEN) extrait 3

 

Quand on sort d'Oran, qu'on longe la corniche et le port de Mers el-Kébir, on arrive aux plages – les femmes s'y baignent tout habillées. On peut aussi se rendre à Tlemcen et sa mosquée du XIIIème siècle. De couleur ocre, le sanctuaire garde dans ses ruines la lumière des oliviers. On peut aussi emprunter la route de l'Algérie en modernisation. La ville d'Arzew, port gazier et pétrolier, est mangée par l'immense zone industrielle et par les HLM en construction. À perte de vue, une forêt de tuyauteries cyclopéennes ! Grâce aux explications fournies par le journal El-Moudjahid, je distingue dans ce débordement de métal et de fumée les grandes composantes du site : les trois complexes de GNL (gaz naturel liquéfié), les deux complexes de séparation du GPL (gaz de pétrole liquéfié) ainsi que la raffinerie et le combinat pétrochimique de méthanol et de résine. Dans cet alignement de réservoirs et d'installations de liquéfaction, de raffinage et de transformation, l'Algérie se profile déjà comme le grand exportateur mondial de gaz, desservant l'Europe et les États-Unis. Arzew est devenu un des plus grands ports méthaniers du monde. Sur l'ancienne route nationale 4, les usines manufacturières sortent de terre. L'Algérie est un immense chantier de l'« industrie industrialisante »*

 

Tel s'exprime l'imaginaire de l'Algérie socialiste : construire des usines, rassembler les travailleurs récemment arrachés à leurs champs, les mettre en contact avec les machines. Le travailleur stakhanoviste va sortir tout cuirassé de la rencontre entre machines et bras ! Machines encore importées, mais que l'industrie industria­lisante va bientôt dessiner et fabriquer sur place, bras encore noués au labeur de la terre et qu'on croit pouvoir fixer du jour au lendemain en prolongement des pistons et des cylindres. À défaut d'avoir pensé aux nouveaux rapports sociaux, l'espace est prévu pour le travail, les hangars sont pimpants. Pour l'après-travail, c'est moins certain. Le parti FLN** ne laisse néanmoins pas les bidonvilles ronger l'accès aux boulevards. Les travailleurs doivent se loger là où on a prévu de les placer. Mal prévu. Résultat, ils sont cinq par chambre.

 

Une nouvelle fois, peut-on dire qu'on souffre ? Tout s'est passé tellement vite. On manque de tout, mais avec la « révolution agraire », on s'est convaincu que l'avenir n'est plus dans les campagnes. On arrache les vignes... L'Algérie qui vivait naguère selon les usages du nomadisme vit désormais selon les usages du convoi de personnes déplacées. Beaucoup d'hommes célibataires, les femmes sont restées derrière. Ce n'est pas l'émigration en France, où la coupure est plus radicale en même temps que plus chargée d'imaginaire. Même si rapidement vient se coller à la peau l'étoile du paria. Pour le migrant de l'intérieur, vient s'infiltrer dans l'odeur des vêtements humides la sensation d'un exil chez soi.

 

* L'expression a été popularisée, à partir de 1966, par l'économiste français, Gérard Destanne de Bernis, un des conseillers les plus écoutés des planificateurs algériens.

 

** Front de libération nationale, fondé en 1954 (NdE).

 

 

 

Planète Misère (André CORTEN)

 

 

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Arzezw

20.11.2009

SE PLAINDRE, ALGÉRIE (André CORTEN) extrait 2


Entassement dans des logis suffocants, terreur de l'enfermement, étiolement de l'âme. Ville asphyxiée dans ses hautes bâtisses d'inspiration haussmanienne. En 1941-1942, au moment de l'épidémie de typhoïde, Oran comptait deux cent mille habitants. Aux pieds-noirs, souvent séfarades et d'origine espagnole, s'ajoutait déjà une population algérienne nombreuse. En 1962, rares sont les Européens qui résistent au vent de panique : quelques religieuses, quelques commerçants. En 1975, Oran, devenue Wahran, compte désormais six cent mille habitants, pour le même bâti, à peu de chose près. Au-delà de l'odeur de la macération des corps, la pénurie des logements est visible dans l'envahissement des rues. Invasion des cafés où l'on sirote un thé ou une « gazouse* », jusqu'aux murs où s'adossent les bandes de jeunes hommes désœuvrés. À la fin des années 1970, on ne se presse pas encore dans les mosquées. Mais déjà des jeunes filles non voilées sont vitriolées à la cité universitaire. Viendront d'autres sauvageries.

La pénurie ne se limite pas aux logements. Dans les magasins d'État s'alignent des bidons d'huile de cuisine au goût de moteur, des conserves rouillées, toutes identiques, symbole de l'austérité « socialiste ». Les arrivages subits provoquent des queues interminables. Les ruptures de stock sont constantes. Les étals du marché sont maigres : légumes rabougris, amoncellements toujours identiques de pastèques et de melons d'eau, prix inaccessible de l'agneau. Les petites échoppes n'ont que quelques produits : du lait, des pois chiches, des allumettes...

Souffre-t-on de ces pénuries ? A l'aéroport, les passagers arrivent de Marseille ou de Paris encombrés de volumineux colis : coupons d'étoffe, jeans de marque, électroménager. Filières interstitielles à un commerce d'État prêchant l'austérité. Cette sévérité n'est pas encore vraiment étrillée car elle est le reflet d'une consommation très frugale par nécessité. Les centaines de milliers de nouveaux urbains comptent leurs emplettes aux centimes de dinars. Les sociétés d'État ont créé beaucoup d'emplois, mais le salaire condamne encore au dénuement. Le couscous est aux légumes, et la harissa cale les estomacs malmenés. On garde les burnous rêches des campagnes. Sous la pluie d'hiver, les vêtements superposés s'alourdissent d'un séchage impossible.

*Limonade.


Planète Misère (André CORTEN)

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Rue des Aurès à Oran

13.11.2009

SE PLAINDRE, ALGÉRIE (André CORTEN) extrait 1

C'était il y a longtemps déjà. Au temps de l'Algérie du milieu des années 1970, du socialisme à la Boumediene. Mon premier contact concret avec ce pays se fait avec l'obtention d'un poste de maître de conférences à l'université d'Oran. Un quatre pièces dans une HLM. Je suis là avec des coopérants français, mais également égyptiens ou syriens. Quelques collègues algériens aussi. En mémoire de Le Corbusier, le gros bloc d'une centaine d'appartements est nommé « Cité radieuse ». On est loin de l'inspiration mozabite et de l'âpreté du désert. Il y a des années que les ascenseurs ne fonctionnent plus, les escaliers et les couloirs sentent l'urine. Le vent déplace des papiers sales sur un terre-plein en friche. En face, un quartier de classes moyennes – on y construit quelques villas. Des favoris du régime ou des hommes du bazar ? Peut-être les deux à la fois. En général, les logements sont modestes. Dans le bus, odeur surie de seins abondants et de corps mal lavés. Les pudeurs sont mal gérées dans le surpeuplement des logements. En moyenne, trois personnes dans la même pièce.

 

Fondée au Xème siècle, espagnole à partir du XVIème siècle, Oran est devenue française en 1831. C'est une ville couturée de cicatrices. Aujourd'hui encore, pour le vieil Oranais coincé dans une habitation exiguë et délabrée, le souvenir du séisme de 1790 persiste comme un millénarisme. Les nuits de ramadan, on veille ; on raconte l'histoire d'un nouveau cataclysme inévitable. Dans l'imaginaire francophone, Oran est la ville de la peste. On est face à la mort en attente : sensation d'enfermement, d'étouffement, d'exil, d'« exil chez soi ». Que la population algérienne occupe les appartements français, les tours les plus récentes ou les gourbis de banlieue, elle ressent partout l'exil chez soi. Sentiment partagé par les jeunes. jeunes hommes d'un côté, jeunes filles de l'autre. Avenir vide, présent vide, ennui. Pour les filles, enfermement. Pour tous, vacuité nettoyée par la lumière éclatante du soleil. Vacuité renvoyée cruellement à la face de chacun. Seule plénitude : la mer, les vignobles, la douceur des champs de blé dur. Ils narguent la souffrance au quotidien.

 

Planète Misère (André CORTEN)

 

 

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Est-ce la "Cité Radieuse" ?

08.09.2009

Hamid Ghidouche ancien élève de Claude Bardos.

Hamid Ghidouche est décédé d’un cancer le mardi 16 juin à l’âge de 54 ans. Il était le fils aîné d’une famille de paysans de Kabylie. Il suit des études secondaires à Bougie (Bejaïa) et les hasards de la guerre d’indépendance de l’Algérie l’amènent un moment à Grenoble.

 

Plus tard il fait des études supérieures à Alger et c’est là que Claude Bardos, coopérant en Algérie, le convainc de venir travailler en France. Il arrive à Paris en 1969 et passe son DEA puis sa thèse de troisième cycle, en collaboration avec N. Point, sous la direction de C. Bardos et S. Ukaï.

 

Docteur d’état il a contribué en particulier à l’analyse numérique et au calcul scientifique de problèmes de changement de phase dans les milieux poreux avec applications à la mécanique des sols. Sa collaboration avec M. Frémond et le LCPC a été durable et fructueuse. Travaillant à l’université Paris XIII dès la création de celle-ci, il y deviendra Maître de Conférences Hors Classe. Hamid Ghidouche a joué à Paris XIII un rôle fondamental dans le développement et l’animation des enseignements d’analyse numérique et de calcul scientifique, d’abord dans la MST puis dans le diplôme d’ingénieur MACS. Toujours disponible pour un conseil ou un service, il était très apprécié des étudiants et de tous ses collègues. Son courage et sa lucidité face à sa maladie forcent notre admiration. Toute notre sympathie va à son épouse Danielle et à ses enfants Gaël et Maïwenn.

 

Claude Basdevant

 

SMF – Gazette-78, Octobre 1998

 

 

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Claude BARDOS à Toronto

 

18.06.2009

"Alger, mon amour" par Bernard Batais


À propos de l'auteur :
Après des études de météorologie, Bernard Batais occupe différentes fonctions au sein de l’administration, dans l’Armée de l’air et au titre de la coopération en Algérie. En 1973, il embrasse la carrière de journaliste d’entreprise. Il devient rédacteur en chef d’un magazine de prestige, poste qu’il occupera jusqu’en 1994. Depuis, devenu indépendant, il travaille comme pigiste pour différents magazines spécialisés dans la photographie.
En 2002, il publie un premier ouvrage aux Editions Grandvaux, Monsieur Michel a disparu, roman policier où il se livre à une satire féroce des multinationales.


Notre avis :
Un témoignage poignant sur ce que fut la vie des européens et pieds-noirs aux derniers temps de l’Algérie Française. Cette histoire donne à voir toute leur douleur et résonne comme un cri d’amour pour ce pays.

Résumé :
Février 1962. Fabrice retrouve Alger, une ville qui lui est chère et qu’il a bien connu, quelques années auparavant lorsqu’il était militaire. Le pays s’achemine inexorablement vers l’indépendance et sa capitale s’apprête à endurer une longue agonie. C’est cette atmosphère de fin du monde qui est retracée dans cet ouvrage. Au milieu des crimes, des attentats, des massacres, des enlèvements de toutes sortes, Fabrice rencontre l’amour. Un amour incongru, quasi-impossible, dans cette ville en folie, mais auquel il va s’accrocher… désespérément.

Un extrait :
Alger mon amour Bernard BATAIS (Extrait chapitre 2)

" Ce fut le soleil qui me réveilla. Je n’avais fermé les volets qu’en partie et un large rayon de lumière vint baigner le lit. Une douce chaleur envahit mes cuisses et mon ventre, comme si une main chaude s’était posée là pour me rappeler qu’il était temps de revenir à la vie. Je restai quelques minutes sans bouger, savourant cette caresse inattendue comme annonciatrice d’une journée bienheureuse. J’avais ouvert les yeux et je contemplais la chambre au décor banal où m’avaient installé mes cousins. À part le lit, elle n’était meublée que d’une armoire hideuse qui avait dû être qualifiée de moderne entre les deux guerres. Pas de tapis, pas de rideaux, pas de tableaux aux murs. On était loin de l’intérieur cossu de l’appartement parisien de mes parents, où foisonnaient les meubles de style et les objets d’art. Il y avait une telle débauche de luxe qu’il était devenu pour moi comme un étalon à partir duquel je jugeais de la richesse des gens lorsque j’entrais chez eux pour la première fois.
Aujourd’hui, je n’avais pas besoin de cela. Mes cousins, je le savais, n’avaient jamais roulé sur l’or. Félicien n’avait été tout au long de sa vie qu’un modeste fonctionnaire et Solange avait rarement travaillé. À Alger, ils n’avaient vécu que dans des habitations à bon marché. Mais peu importait pour moi, ils avaient le coeur sur la main. Trois ans plus tôt, ils m’avaient accueilli à bras ouverts, me considérant comme leur fils. Grâce à eux, je gardais de ces mois passés sous l’uniforme un excellent souvenir. Cette fois encore, ils m’offraient l’hospitalité sans discuter, j’étais chez eux, je pouvais rester des mois, ils ne me demanderaient pas un sou. Et puis dans cet appartement régnait la paix, je ne les avais jamais entendus se quereller. C’était un couple simple, sans histoires. Quelle transition avec l’atmosphère conflictuelle qui régnait chez moi en permanence!
Je me levai et allai sur la loggia d’où l’on dominait Alger. Vu de là, tout paraissait calme, et pourtant, je le savais, les passions dans cette ville étaient déchaînées et le drame permanent.
Je retrouvais cette cité magnifique qui m’avait tant impressionné lors de mon premier voyage. "

BATAIS-Bernard_Alger-mon-amour.jpg



Ce livre est en vente ici :

 

04.06.2009

Les voyages de Bernard DIMET

 

" La passion des voyages m'est sans doute venue tout petit, entretenue par la lecture des livres et les récits de voyageurs célèbres parus dans des bandes dessinées comme Tintin ou Spirou ou dans des livres comme ceux d'Alain Gerbault, à moins que ce ne soit l'Iliade et l'Odyssée.

 

 Ce n'est que plus tard, en classe de troisième, que le projet d'un grand voyage a vu le jour : des amis de mon père qui travaillaient et vivaient au Sénégal, m'ont invité à passer des vacances à Dakar.

 

Mon père répondit d'un air solennel : « Mon fils ira à Dakar s'il est reçu à son B.e.p.c. »

 

En juillet de l'année suivante, temps nécessaire pour réunir le prix du voyage, environ 900 francs de l'époque, je partis en train jusqu'à Marseille puis pris l'Ancerville, paquebot de la compagnie Paquet (en classe standard, celle juste au-dessus de la classe cale).

Après 7 jours de voyage, la ville de Dakar était en vue.

 

Ce voyage était plus qu'un simple voyage : il fut LE voyage initiatique, déclencheur d'un processus de départs et de retours.

 

Puis ce fut la coopération en Algérie avec des nombreux voyages dans le désert algérien, un des plus beau à mon goût : les sept cités de Ghardaïa, El Goléa et le plateau du Tadémaït, Ouargla, In Salah, Tamanrasset, Djanet, Timimoun la rouge, Beni-Abbes et Taghrit, ...

 

Ensuite, le désir de partir a été très fort. Ce fut le grand voyage, celui que j'intitule (livre en préparation) : Des déserts de l'Afrique aux montagnes de l'Amérique du sud - itinéraire de deux citoyens à la découverte du monde.

 

Bilan : entre les accompagnements de voyages pour Nouvelles Frontières et les voyages personnels, j'ai effectué près de deux cents voyages et visité (pas « fait » !) environ 90 pays, certains m'ayant vu plusieurs fois : la Grèce et en particulier la Crète, le Sénégal, le Népal, l'Inde, etc.

 

Algérie, Allemagne, Angleterre, Argentine, Australie, Belgique, Bénin, Birmanie, Bolivie, Brésil, Bulgarie, Burkina-Faso, Cameroun, Canada (en particulier Québec), Canaries, Chine (dont Tibet), Colombie, Corée (Sud), Cuba, Danemark, Égypte, Équateur, Espagne, Finlande, Grèce, Hong-Kong, Inde, Indonésie, Italie, Israël, Japon, Jordanie, Kenya, Laos, Luxembourg, Macao, Malaisie, Mali, Malte, Maroc, Mauritanie, Mexique, Népal, Niger, Nigeria, Norvège, Paraguay, Pérou, Panama, Pays-Bas, Pakistan, Philippines, Rio-del-Oro (pays disparu), Roumanie, Sénégal, Singapour, Suède, Thaïlande, Togo, Turquie, Tunisie, USA, Venezuela, Viêt-Nam, Yémen, Yougoslavie.

 

J'ai également créé des circuits pour Nouvelles Frontières : Louisiane, Sénégal (Pays Bassari), Chine, Tibet. "

 

 

Source de cette page

 

 

24.01.2009

Maxime PICARD et les nouveaux Coopérants

 

Les vacances se déroulèrent au mieux. Oubliant tous les risques encourus pendant les «événements» et sachant qu'ils ne se renouvelleraient pas, nous profitâmes sans contrainte de ces mois de détente.

 

Quand nous repartîmes, nos familles éprouvèrent moins d'appréhension que lors des années précédentes.

 

La toute nouvelle république algérienne fit bientôt appel aux pays amis pour l'aider dans son développement. C'est ainsi qu'arrivèrent des coopérants animés des meilleures intentions. Les Français n'étaient pas les derniers à apporter leur contribution, venant renforcer l'effectif de ceux qui avaient choisi de rester après l'indépendance. Pour mener à bien l'arabisation en milieu scolaire, les pays du Maghreb apportèrent leur aide ainsi que l'Egypte et la Palestine. L’Education ne fut pas la seule branche à profiter de cette collaboration. Dans le domaine de la Santé, les autorités algériennes firent appel à des pays de l'Europe de l'Est, notamment la Russie et la Bulgarie.

 

A Mékla vint s'installer un médecin bulgare qui fut vite reconnu comme un praticien compétent et dévoué, recevant à son cabinet, se déplaçant à la demande, ouvrant de petits dispensaires dans les bleds reculés, formant des infirmiers – tout cela bénévolement, sa seule rémunération provenant du traitement que lui allouait son pays d'origine

 

Il se présenta un jour à mon bureau, de façon spontanée et très sympathique. Se rendant compte de l'importance de la population scolaire et du suivi médical déficient, il me proposa d'organiser des visites de contrôle sanitaire et d'envisager des séances de vaccination DTTAB destinées aux élèves du primaire. J'acceptais, naturellement, sachant que l'inspection académique verrait l'initiative d'un très bon œil.

 

L'organisation de cette vaccination, qui concernait plus de 500 enfants, posait quelques petits problèmes –qui ne demandaient qu'à être résolus– Chaque instituteur dicta à ses élèves un formulaire les autorisant à se faire vacciner, qui devait être signé par les parents. Il n'y eut aucun refus. Les trois injections qui devaient être espacées l'une de l'autre d'une semaine se pratiquèrent dans la grande cour de l'école. Les rudiments de secourisme que nous avions acquis à l'école normale, qui comprenaient l'initiation aux piqûres intramusculaires, nous furent alors d'un précieux secours. Nous fûmes trois enseignants à mettre à dispositions nos talents dans ce domaine. Sous le contrôle et avec la collaboration du médecin et d'un infirmier, nous progressâmes dans l'art de doser la quantité de vaccin, de flamber les aiguilles, de piquer sans hésitation. Dès la deuxième séance, nos petits patients pouvaient choisir leur «piqueur» et l'on pouvait entendre : «Monsieur Gay, il ne fait pas mal», «Moi, je préfère le docteur», «Moi, non ! C’est Monsieur Pons!». D'autres allaient vers l'infirmier ou Monsieur Picard. Toujours est-il que l'opération fut menée à bien.

 

La collaboration avec notre médecin n'en resta pas là. Il fut toujours présent quand nous eûmes besoin de lui. Il ne tarda pas à devenir un véritable ami et nous pûmes apprécier son dévouement, son humanisme, sa culture. Il s'intégra si bien à notre groupe qu'il épousa une jeune célibataire de l'école de filles. Il avait pour habitude de nous appeler «bardjanak» (terme bulgare dont je ne garantis pas l'orthographe) et que nous traduisions par «ami».

Nous avons gardé des relations d'amitié avec le couple, installé, depuis, dans la région parisienne. Malheureusement, nous dûmes assister récemment, au «Père La Chaise» à la crémation de notre «bardjanak», victime d'une crise cardiaque.

 

Les années qui suivirent, mes collègues et moi avons participé de notre mieux à l’effort de construction de cette Algérie nouvelle. Notre statut de coopérant nous interdisait toute participation à la vie politique du pays d'accueil ; nous consacrant uniquement à notre travail, nous ne pouvions pas prendre parti devant certaines dispositions qui nous paraissaient discutables. C’est ainsi que nous connûmes l'arabisation de l'enseignement. Il paraît normal et même souhaitable qu'un pays indépendant tienne à enseigner à ses enfants dans la langue maternelle. En Kabylie, le problème est particulier : d'origine berbère, les Kabyles restent attachés à leur tamazight. Toujours est-il que cette arabisation a été lancée de façon un peu hâtive, sans que soient formés un nombre suffisant d’enseignants. On fit appel au début, aux cheikhs des mosquées qui, malgré leur bonne volonté, ne surent qu'appliquer les méthodes des écoles coraniques. Dès la seconde année, l'éducation religieuse était inscrite dans les programmes, mettant à mal la laïcité à laquelle sont attachés les instituteurs.

 

Les activités syndicales n'étaient pas, elles non plus, permises aux étrangers. Le Syndicat national des instituteurs avait résolu la question en créant une association professionnelle : l’A.P.I.F.A. *  J'acceptai d'être le secrétaire de l'association, pour la Kabylie. La collaboration de Jean Pons (qui devait, par la suite, me succéder) me fut précieuse dans l'accomplissement de cette fonction.

 

Sur le plan scolaire, les résultats que nous obtenions étaient encourageants, et satisfaisant le pourcentage de réussite aux différents examens et concours : certificat d'études, entrée en 6e, C.A.P. professionnels. Le lycée Amirouche de Tizi-Ouzou accueillait nos élèves à partir de la 6e, à condition qu'ils soient internes. Jugeant préférable que les enfants de Djemâa puissent rester quelques années de plus au pays, je demandai et obtins la création d'un C.E.G. Il fallut malheureusement enlaidir la grande cour par l'installation de deux «préfabriqués».

 

Quant à notre internat, il fonctionnait correctement mais, faute de place, fut limité à 30 élèves. Ma femme obtint, sous contrat local, l'emploi de secrétaire, je réussis à faire détacher un instructeur en qualité d'intendant et deux surveillants furent nommés ainsi qu'un second agent de service. Notre C.C.E.P., devenu C.E.T., ne demandait qu'à s’agrandir. Je proposai donc la construction de nouveaux locaux, sur un terrain communal. Bien soutenu par l'inspecteur de l'enseignement technique, le projet fut assez rapidement pris en compte et j'eus la satisfaction de voir commencer les travaux.

 

 

* Association professionnelle des instituteurs français en Algérie

 

Extrait de son livre "Chez moi en Kabylie"

27.12.2008

Convention signée Jean DE BROGLIE et Abdelaziz BOUTEFLIKA

Nous autres, Coopérants, de quel régime dépendions-nous ?

Nous ne nous posions guère la question …


J’ai retrouvé le texte de la CONVENTION signée entre L’ALGÉRIE et LA FRANCE en 1966.

Voici les articles du Décret n° 66-313 du 14 octobre 1966 relatifs au Personnel de l’Enseignement.

Cette convention avait été signée à Paris le 6 (ou le 8) avril 1966 par Jean DE BROGLIE et Abdelaziz BOUTEFLIKA !

 

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06.12.2008

Chantal Péran, assistante sociale après l’Algérie

Chantal Péran, assistante sociale, et Jean-Jacques Parmentier, enseignant, ont fêté leur départ en retraite, jeudi, au collège Charles-Langlais de Pontivy.

 

Tout le personnel du collège était réuni pour honorer les heureux retraités, ainsi que leurs collègues appelés à d'autres fonctions et les (très) jeunes nouveaux arrivants.

 

Chantal Péran est également assistante sociale au collège Romain Rolland et au lycée du Blavet.

 

 

Chantal Péran se souvient très bien de l'année « 1968, le premier mai, je terminais ma première année à l'école d'assistante sociale, à Alençon en haute Normandie. Avant de partir à Saint-Lô et de passer le concours d'assistante sociale en 1972. J'ai connu mon mari, là-bas. Je l'ai accompagné en coopération, en Algérie, en 1970 ».

 

Sur la région, Chantal précise son parcours : « Nous sommes allés en Bretagne, la région d'origine de mon mari, en 1979. Ayant eu trois enfants, j'ai été dix ans en disponibilité. En 1989, je commençais au lycée du Blavet. Après la manifestation des lycéens en 1991 et la création des fonds sociaux, je suis arrivée au lycée Joseph-Loth et à Charles Langlais. Soit 26 ans dans l'éducation nationale ».

 

Chantal Péran se prépare à une retraite active avec ses enfants et petits-enfants. Sportive, elle s'investit dans la gym et le chant.

 

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Source : OUEST-FRANCE

02.12.2008

Père Christophe LEBRETON, mort à Tibhirine

 

Né le 11 octobre 1950 à Blois (Loir-et-Cher), Christophe LEBRETON passa d’abord deux ans en Algérie à titre de coopérant de 1972 à 1974. C’est alors qu’il connut le monastère de Tibhirine. Étant entré au monastère de Tamié en Savoie en 1974, il arriva à Tibhirine le 23 avril 1976 jusqu’au 11 novembre 1977. Il est ensuite reparti au monastère de Tamié, et il est revenu à Tibhirine en 1987. Poète et mystique d’une grande sensibilité, il établit des liens d’amitié très profonds avec la population environnante.

 

Vue-de-Tibhirine_ph-malger.jpg
Vue de Tibhirine
Source : Site de l'ADA

 

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