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11/03/2012

Stéphane HESSEL, fier d’avoir aidé à la coopération en Algérie

Rencontre de M. Stéphane HESSEL avec des Lycéens le 22 octobre 2009

Lycée Malherbe - Caen

 

A l’initiative de Madeleine Barbier et de Eric Laloy qui furent professeurs au lycée Malherbe, la première en histoire géographie et le second en philosophie, nous avons eu la joie mais également l’honneur de recevoir à l’amphi Ponge Stéphane Hessel.

Invité le soir même par le Mémorial et en collaboration avec le Collectif 14 de solidarité avec la Palestine et la Maison des solidarités, cet ancien ambassadeur de France, aujourd’hui âgé de 92 ans, a souhaité rencontrer des jeunes en cours de formation.

Six classes, trois premières, deux terminales et une hypo khâgne, encadrées par leur professeurs et en présence de Madame le proviseur et de l’un de ses adjoints ont écouté avec intérêt et plaisir les propos de ce citoyen du monde, né allemand avant de devenir français en 1924.

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En quelques minutes, debout face à son auditoire, avec le verbe facile et toujours à la portée des lycéens et des étudiants, Stéphane Hessel a d’abord exprimé sa joie d’avoir été accueilli sous les applaudissements chaleureux de 250 personnes et de pouvoir rencontrer ceux qui construiront le XXIe siècle, lui qui a eu la chance de traverser le XXe siècle du premier conflit mondial (« Je suis né en 1917! ») à la construction européenne.

Ayant rappelé les grands événements du siècle précédent (« J’ai connu… »), cet ancien résistant a insisté sur l’ardente nécessité de s’ENGAGER. Influencé par la personnalité et l’oeuvre de Jean Paul Sartre, il a fait sienne cette citation du célèbre philosophe: « L’être humain ne se réalise vraiment que s’il s’engage ».

Lui qui aurait aimé être enseignant de philosophie dit en avoir été détourné par les circonstances liées au contexte des années 30. Mobilisé en 1939, ce Normalien rejoint le général De Gaulle en Angleterre. Arrêté en 1944, lors d’une mission sur le sol français, il fut capturé et déporté à Buchenwald. Usurpant l’identité d’un homme mort du typhus, il échappa à la pendaison.

Après mai 1945, devenu diplomate, il poursuit son engagement en participant à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’Homme: « L’un des moments les plus enthousiasmants de ma carrière ». Même s’il sait mieux que quiconque que « ces droits ne sont pas toujours appliqués » et que « nous sommes loin d’avoir réussi », monsieur Hessel rappelle qu’ils existent, qu’ils sont un idéal à atteindre et que les avancées démocratiques depuis sa naissance sont réelles.

Le respect de la dignité humaine est l’un des défis de la génération actuelle, oeuvre à poursuivre sans relâche, jour après jour!

Se tournant vers l’avenir, il énonce deux autres défis à relever au cours du XXIe siècle.

Le premier, « le plus important sans doute », est « le dommage fait à notre planète ». Défi à relever « tous ensemble » puisqu’il en va « de notre survie » et que « seule une organisation internationale », nécessitant donc une coopération entre les peuples, peut prendre à bras le corps.

Autre défi que n’ont su résoudre les générations du XXème siècle, celui « de la misère ». Pauvreté d’autant plus criante que « les riches connaissent cette misère et que les pauvres connaissent cette richesse » grâce aux moyens actuels de communication. Défis qui peuvent mener, à terme, vers des conflits destructeurs.

« Comment faire pour que ces défis ne soient pas décourageants? » se pose-t-il comme question. « D’abord y répondre collectivement…mais aussi individuellement ». Actions collectives et individuelles ne peuvent se dissocier. Ainsi chacun pourra-t-il prétendre au titre de « citoyen du monde…de citoyen sans frontières »!

Avant de donner la parole à nos lycéens et étudiants, ce « vieux monsieur », comme il se définit lui-même, rappelle à son auditoire: « vous êtes jeunes, vous allez vite être moins jeunes…utilisez votre temps » Bref: « AGISSEZ ».

Diverses questions furent posées par ces jeunes surpris par des paroles si proches de leurs préoccupations et si clairement exprimées. « Quel fut votre plus bel engagement? » St. Hessel évoqua son engagement contre le nazisme, lui qui vit le jour à Berlin et dont le père était allemand. Il cita également sa fierté d’avoir « aidé à la coopération en Algérie trois ans après son Indépendance ».

Des questions d’actualité lui ont également été posées. A propos des expulsions de sans papiers afghans, il n’a pas hésité à condamner le gouvernement actuel, a affirmé que la France avait « besoin des immigrés » et qu’il ne comprenait l’initiative du ministre Besson à propos du débat engagé sur l’identité nationale.

A propos du « néo-colonialisme de la Chine en Afrique », il a fait remarquer que ce continent avait « sur les deux derniers siècles, le plus souffert » et qu’il fallait savoir distinguer « l’aide en faveur du peuple lui-même » de celle en faveur « d’un chef d’état » qui trop souvent n’a pour unique motivation que celle de soutenir les intérêts des puissances qui gouvernent notre monde.

Le souhait de « l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne » ne lui pose pas de problème: « La Turquie a toute sa place…Il ne faut pas considérer l’U.E. comme un bloc fermé » mais au contraire « comme un lieu où peut se développer la démocratie ».

A propos d’Israël et de la Palestine, né d’un père juif, Stéphane Hessel s’est félicité de « la création » de cet état après la seconde guerre mondiale mais

regrette que les deux peuples n’aient pu cohabiter et coopérer ensemble. « Optimiste », « une solution est possible » si « l’O.N.U. intervient » pour que deux états « coexistent ». Pour cela, « la haine » doit disparaître, « des concessions » doivent être faites, l’état palestinien à venir doit être viable et les deux pays doivent accepter la partition de Jérusalem, les parties Est et Ouest devant devenir la capitale de chacun.

Il croit fermement à la paix: « Vous allez vivre ce moment quand je ne serai plus ».

Cependant, il ne pense pas que la diplomatie et la non-violence permettront aux deux peuples d’aboutir à un compromis. Même s’il le regrette, « la résistance armée à l’occupation israélienne » est une nécessité.

Un jeune a posé la question à savoir « si nous pouvions croire encore à l’O.N.U.? ».

Ce connaisseur des Nations Unies a affirmé que cette organisation était « une chance » pour l’Humanité. Ayant bien conscience qu’elle était « insuffisante dans ses effets », « qu’elle ne peut réussir car regroupant 192 états », elle rassemble, malgré tout, des peuples et permet « le dialogue ». Sans oublier« des réalisations concrètes ». Par ailleurs, il pense que le président Obama est un espoir pour en faveur des échanges entre nations car il prône « le multilatéralisme » contrairement à son prédécesseur.

Enfin, à savoir si nous pouvons « avoir confiance et être optimiste dans la nature humaine », ce résistant de toujours, avec enthousiasme mais aussi lucidité, a fait remarquer que l’Homme était « une espèce agressive » capable du meilleur comme du pire; qu’il fallait combattre nos penchants destructeurs (« On va dans le mur ») et développer « notre partie tendresse et respect mutuel ». « Soyez la génération solidaire et fraternelle »…des « jeunes responsables » avait-il déclaré lorsqu’une question lui avait été posée sur les acquis de Mai 1968.

Sensible au charme de ce sage, lycéens et étudiants ont ovationné l’auteur de « Danse avec le siècle », d’autant que sa conclusion fut originale. De mémoire, il récita un poème de Rimbaud, poète de la jeunesse.

Clin d’oeil d’un ENGAGÉ à une jeunesse appelée à investir son énergie et son espérance au service de causes collectives.

Merci à Stéphane Hessel.

 

Compte-rendu réalisé par M. BELLANZA, professeur d’Histoire-géographie

Commentaires

Au passage...

Stéphane Hessel, Curtis Roosevelt (petit fils de Franklin D. Roosevelt) et 40 personnalités ont lancé une initiative visant à inciter le futur président français à beaucoup plus d'audace.

Avec l'aide d'une équipe d'économistes, ils fournissent une panoplie de 15 mesures de très grande ampleur qui permettraient de :
- stopper net l'évolution de la crise en quelques semaines
- créer 2 MILLIONS d'emplois CDI temps plein en 5 ans sans ruiner l'état ni les entreprises
- Et globalement faire naître une nouvelle société démocratique au niveau européen

http://www.roosevelt2012.fr/

Avec le soutien égaldement de :
- Fondation Abbé Pierre
- Fondation Danielle Mitterrand
- Génération Précaire
- Lilian Thuram
- le réalisateur Djamel BENSALAH
- et 9000 citoyens (pour l'instant)

Écrit par : Roosevelt 2012 | 13/03/2012

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