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20/07/2009

Jo Briant De retour de Kabylie et d’Algérie (2)

 

Une jeunesse en plein désarroi

On se souvient qu’en mars dernier, lors de la visite de Jacques Chirac, le seul slogan crié comme un leitmotiv par les jeunes qui s’étaient massés le long des avenues d’Alger, était le suivant : " Des visas ! des visas ! ". J’ai rencontré longuement un groupe de jeunes de Constantine, ainsi qu’un animateur socio-culturel. Tous ont été unanimes : " Nous n’avons plus d’espoir dans ce système trop souvent corrompu, dirigé par une minorité hyper-privilégiée qui s’approprie l’argent du pétrole et les postes de responsabilité. Très peu d’emplois nous sont proposés, sinon des petits boulots très mal payés. Nous n’avons pas de terrains de sport, de piscine, il n’y a plus de salle de cinéma... ". Une scène de la vie quotidienne, tellement significative : sur un côté d’une avenue de Tizi-Ouzou, plus d’une centaine de jeunes se sont face sur deux rangées, les uns debout, les autres accroupis, essayant de vendre aux passants un pantalon, une veste, une chemise, une paire de chaussures...Ils peuvent ainsi rester des heures entières sans rien écouler...Leur seul espoir, voire leur seul rêve, est de prendre le chemin de l’exil. Qu’importe la destination. Signe d’un terrible échec du pouvoir algérien, mais aussi de toute une classe politique incapables de proposer une perspective, un avenir à toute cette jeunesse pourtant majoritaire. Les communes sont massivement dépourvues d’infrastructures d’animation culturelle et sportive, même si on assiste depuis peu à l’ouverture de centres culturels et de maisons de jeunes. Mais c’est nettement insuffisant. Il y a bien par ailleurs des crédits dont sont pourvus les agences locales de soutien à l’emploi des jeunes ( ALSEJ), qui favorisent des crédits bancaires pour lancer un cybercafé, acquérir un taxi ou créer une micro-entreprise. Mais le manque de formation préalable et d’accompagnement, ainsi que l’insuffisance des crédits réduisent fortement la portée de cette politique... Certes, la jeunesse algérienne n’est pas toujours résignée : le R.A.J. (Rassemblement Action Jeunesse) essaie de la mobiliser, mais son implantation ne dépasse guère la capitale. Une exception notable : la jeunesse de Kabylie, qui s’est révoltée massivement en 2001 (123 jeunes ont été tués par les forces de l’ordre...), à l’appel du mouvement citoyen des A’rouch (assemblées locales traditionnelles kabyles). J’ai pu rencontrer Belaïd Abrika, la figure de proue de ce mouvement. Un mouvement plein d’espoir, avec des revendications qui touchent à la fois à la reconnaissance de l’identité et de la langue berbères, à l’exigence d’ un véritable développement basé sur les besoins fondamentaux de la population, et à l’émergence d’un nouveau système politique, véritablement démocratique et pluriel. Mais cette révolte est quelque peu dans l’impasse et cherche un nouveau souffle, se heurtant à l’inertie d’un pouvoir et d’un système incapables de se remettre en question.

 

L’Algérie dans la tourmente politique : la nomenklatura politico-militaire toujours au pouvoir...Et les Islamistes ?

Un mot d’abord sur la situation sécuritaire. Incontestablement, les " violences " ont très fortement diminué, en comparaison des massacres qui ravageaient le pays il n’y a pas si longtemps. Un climat de réelle sécurité règne dans les villes et je n’ai jamais eu le sentiment d’être menacé. Il reste qu’en une dizaine de jours j’ai comptabilisé, en consultant quotidiennement la presse, dix-huit morts ( sept " Islamistes " , cinq militaires, six civils), suite à des attentats perpétrés par des groupes islamistes ou à des confrontations entre ces groupes et l’armée. Une violence qualifiée de " résiduelle " par le pouvoir. Une moyenne mensuelle de cinquante morts, c’est quand même considérable et montre que l’Algérie est encore loin d’être " pacifiée ". Et, au-delà de ce décompte macabre, on sent à chaque instant que l’idéologie islamiste a profondément gangrené la société algérienne. La pression religieuse traditionnelle est très forte ; en période de Ramadan, tous les cafés, bars, restaurants sont fermés jusqu’à la " rupture du jeûne ", et il est hors de question pour quiconque de manger un sandwich ou de griller une cigarette à la vue d’autrui. En période normale, il est désormais très difficile d’acheter une bouteille de vin ou de bière, ce qui n’était pas le cas il y une quinzaine d’années. Quant au code de la famille, appelé par de nombreux Algériens et surtout Algériennes " code de la honte ", adoptée en 1984, qui nie tout droit à la femme, il n’est toujours pas question de l’abolir... Ne pas oublier que l’Assemblée nationale algérienne comprend 81 députés islamistes, sans compter de très nombreux islamo-conservateurs... Un exemple parmi tant d’autres : lors d’un concert auquel j’ai assisté à la Maison de la Culture Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou, concert par ailleurs très chaleureux, j’ai comptabilisé une quinzaine de femmes sur une assistance de sept cent personnes ! Ce qui révèle à quel point les femmes algériennes se voient de fait interdit l’espace public (cafés, restaurants, lieux culturels...), réservé presque exclusivement aux hommes.

 

Mais au-delà du problème sécuritaire et de l’imprégnation islamo-conservatrice de la société algérienne, ce qui m’a le plus frappé à l’occasion de mes multiples contacts, c’est le sentiment d’abandon face à un pouvoir qui est perçu comme très éloigné et indifférent aux difficultés quotidiennes rencontrées par la population. Hogra (mépris) : un mot sans cesse repris pour qualifier l’attitude des autorités et des responsables, qu’ils soient nationaux ou locaux. A moins d’être " pistonné ", de connaître personnellement tel ou tel responsable, ou de pouvoir glisser un dessous de table, on a très peu de chance de voir sa demande ou sa revendication, même la plus légitime, prise en compte. Quant au sommet de l’Etat, aux " décideurs " politico-militaires, ils représentent un régime honni qui ne tient que par l’équilibre de la violence. Un régime qui se maintient en contrôlant et en réprimant si nécessaire les partis politiques, les syndicats, les associations qui doivent d’abord obtenir le fameux " agrément " pour exister et agir. Sait-on par exemple que les membres du bureau de toute association (au moins 9 personnes) doivent fournir, outre deux photos d’identité, un extrait de leur casier judiciaire, un extrait de naissance, l’adresse et le téléphone de leur employeur... Un véritable contrôle social et politique qui s’exerce sur l’ensemble de la société algérienne, renforcé par le maintien de l’état d’urgence instauré en 1992.

 

A l’approche de l’élection présidentielle d’avril 2004, la pression des militaires s’accentue. Il s’agit de contrôler et de neutraliser les candidats potentiels qui chercheraient à s’affranchir de cette mainmise, à commencer par le président Abdelaziz Bouteflika. Le secrétaire général du FLN, Ali Benflis, a été limogé par Bouteflika dès lors même que cet ex-parti unique, redevenu dominant, semble vouloir échapper au contrôle du pouvoir... Les couteaux s’aiguisent, et pendant ce temps l’Algérie semble patiner inexorablement depuis maintenant une quinzaine d’années, payant les frais de ces guerres intestines au sein de la nomenklatura politico-militaire au pouvoir, et d’une absence quasi totale de vie et de débat démocratiques.

...

 

 

Jo BRIANT (octobre 2003)

 

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Belaïd Abrika et Délégués (Photo Aqchiche)

Commentaires

Sympathique travail, grand merci de partager les astuces, et je suis 100% d'accord. Euh voilà, votre site est réellement bon, je viens de découvrir votre site et l'ai complètement dévoré ! Je vais prendre un peu de temps pour réfléchir là-dessus quand même.

Écrit par : cigarette electronique forum | 27/04/2010

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