26/06/2012
Hommage à Maurice et Danielle DAGUET (Chabane OUBADJA)
"… Je quitte ce logement préfabriqué, pour aller dans une maison vide habitée par des rats, située entre l'école et le poste militaire, au dessus du café maure. Je fais visiter à deux citadines venant de Genève, deux jeunes filles qui viennent de terminer leur études d'assistantes sociales et décident, avant de s'installer, de donner une année à la mission Rolland (protestante). Elles prennent des photos et ne semblent pas impressionnées.
Un jour de congé, Danielle (une des deux filles) est venue m'aider à creuser un trou derrière la maison pour les toilettes (ne parlons pas encore de salle de bain). Pendant que nous avions pelle et pioche en mains, Monsieur Mouhoub Ahmed est venu nous voir et nous a proposé de regarder en face.
" Il y a une maison beaucoup plus confortable : venez-y ; vous serez mieux ".
" Merci monsieur ! "
Celle qui est devenue ma femme par la suite n'aurait pas accepté d'habiter cette maison pleine de rats. "
Témoignage de Maurice DAGUET
Ces lignes n’ont pas pour but de chanter un âge d’or passé que le présent devrait retrouver. Mais juste pour rendre un grand hommage à ces hommes et femmes qui ont tout donné, sans calcul et sans contrepartie à l'image de ce grand maître d'école Maurice DAGUET et sa femme Danielle qui assuraient deux fonctions : enseignement et assistante sociale pour la population de la région. Ils étaient généreux, volontaires, compétents et respectueux. J’ai eu la chance d’être élève à l’école de Tahanouts à cette époque pour bénéficier de ses instructions et formations, ses cours et surtout ses conseils de moralité, de conduite, de respect de soi et des autres… beaucoup de bonnes choses de lui que plusieurs générations gardent encore en mémoire.

(Maison des Jeunes d'Aït Aïssa Mimoun)
Hommage aussi à Zaïf Si Mohand Ouali, qui a enseigné dans les années 50, sans pécule, sans contrepartie et dans des conditions lamentables pour gérer un effectif de 94 élèves où chacun commençait par laver sa planche rectangulaire (louh) avant de l’enduire de « salsal », une sorte d’argile gris-clair. Ensuite, l'élève met sa planche à sécher face au soleil ; une fois sèche, elle prend la couleur du « salsal ». Il commence alors à écrire les versets du coran dictés par M. ZAÏF.
L’écriture se fait à l’aide d’une encre fabriquée à partir d’une substance naturelle, une sorte de résine (smagh) et d’une plume taillée dans un morceau de roseau. Lorsque l’apprenant a fini d’écrire ce qu’il doit mémoriser ce jour-là, il met les voyelles à son texte et remet sa planche au maître qui corrige éventuellement les erreurs.
C’est alors que commence l’apprentissage des versets du coran. Le maître explique à son disciple les règles de phonétique pour avoir une meilleure prononciation et une lecture correcte avec un accent kabyle du coran. Le balancement cadencé des phrases, l'abondance des rimes, l'alternance de syllabes brèves et longues produit sur l'esprit du passant qui écoute à proximité de Thakoravthe N T'hanouts un effet d'envoûtement.
…
Tous ces hommes et ces femmes constituent les maillons d'une immense chaîne de solidarité rappelant à chacun son devoir d'être humain.
Hommage à des hommes et des femmes exceptionnels par Chabane Oubadja. (Extrait)
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