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09/02/2012

Une expérience extraordinaire (Jan HEUFT) 1

 

Vivre ailleurs !

 

Un jour mémorable : le 21 septembre 1969 je passais la frontière d’Algérie avec ma petite Renault 4L pour y rester 42 ans, c'est-à-dire jusqu’aujourd’hui ! Cela fut une aventure hors pair. Tout d’abord cette rencontre avec des hommes et des femmes d’autre culture et d’autre religion ! Ces hommes et ces femmes, à peine libérés de plus de cent vingt ans  d’oppression coloniale, debout pour construire un nouveau pays moderne et libre !

 

Collège des Pères-Blancs (devenu Lycée)_ph-Beni Yenni - Ath Yenni.jpg

 

C’est  ainsi que je débarquais, un soir, dans un profond brouillard, dans la cour du Collège des Pères Blancs à Ath Larbaa d’Ath Yenni. J’y fus accueilli par des jeunes hommes en burnous, tous des élèves d’environ 18 à 20 ans, en retard dans leurs études à cause de la guerre d'Indépendance, mais déterminés à devenir, comme ils disaient eux-mêmes : « devenir  quelqu’un ». Jamais je n’oublierai leurs regards «  d’hommes libres » déterminés à se prendre en charge. Dans un coin de la cour, il y avait ce jeune garçon de Timéghras ; dans son village, tous les hommes avaient été tués par l’armée coloniale sur la place publique ; malgré cela, ses parents l’avaient envoyé étudier dans notre collège, sans rancune. Il n’y avait pas de lois de réconciliation mais elle existait, belle et bien, dans la pratique.

J’y suis resté sept ans jusqu’à la nationalisation au mois de juin 1976. Sept ans de partage de vie journalière avec 140 élèves internes, qui ne partaient que rarement chez eux. Les seules distractions du lieu étaient les matches de handball sous la direction du célèbre Père Gayet, les films culturels obtenus à l’Ambassade de France, projetés par le Père Dieulangard et commentés, puis travaillés en classe par les jeunes enseignants coopérants. Il y avait également une bibliothèque très riche qui permettait aux uns et aux autres d’élargir leurs pensées et regards sur le monde. Ce climat d’étude et de travail intellectuel ne pouvait qu’être favorable à des résultats extraordinaires aux examens où nous obtenions 100 % (ou presque) de réussites. Mais ce qui a été peut-être encore plus important c’est d’avoir formé des hommes capables de vivre ensemble et de se mettre au service des autres.  

 

Ce n’est pas sans regrets que j’ai quitté le Collège en octobre 76 pour me consacrer, à Rome, pendant deux ans, aux études de la Langue arabe et du Message coranique, mais en écoutant, toujours, pendant mes heures de recherches et les études, des cassettes de célèbres chansons d’Idir et d’Aït Menguellet ! Le pays m’avait marqué pour de bon !

 

… À suivre

 

 

 

HEUFT-Jan.jpg

Alger, le 2 avril 2011.

 

Jan HEUFT.